28 avril 2009
La vieillesse littéraire est-elle un naufrage ?
A quelques mois d'intervalle, deux auteurs qui m’accompagnent depuis longtemps m'ont sincèrement déçue. Et pas les moindres: David Lodge et Jim Harrison.
Moi qui croyais échapper au tumulte crise-politique-télé ambiant, avec la promesse de longues heures de délice de l’autre côté des mers, c’est raté.
« La Vie en Sourdine », d’abord. J’ai failli ne pas le terminer. Mais je voulais savoir si enfin, Lodge – Desmond allait se taper son étudiante. Et bien même pas. Morris Zapp, ses gros cigares et sa vulgarité, son appétit sexuel et littéraire et sa joie de vivre sont loin. Certes, David Lodge a 73 ans, il est sourd et cela handicape sa vie sociale, sentimentale, conjugale. Soit. Mais il semble que sa verve créative, son humour acide et sa vision sociale de l’Angleterre tournent à l’enfermement et à l’auto-apitoiement. Les digressions sur ses cours de linguistique sont d’un ennui mortel. Un « ouvrage en forme de testament ». Je pense que David Lodge a mieux à nous léguer que le message d’une vieillesse rabougrie et auto-centrée.
Jim, mon grand Jim est quant à lui alcoolique. Ca ne date pas d’hier. A Saint Malo, en 1999, où j’avais eu l’immense bonheur de lui parler, il avait demandé au bout de cinq minutes de conférence qu’on lui apporte un verre de vin.
Un « professeur paysan » à la retraite entame un tour des Etats-Unis pour se consoler du départ de sa femme avec un autre. Il aurait pu en faire un road movie trash, un livre total, qui revisite les grands thèmes de son œuvre : la mort, le sens de la vie, la nature, l’amour. Au lieu de çà, on a un petit film de série B qui défile (entrecoupé, c’est vrai, de quelques belles citations dont il a le secret ) : motels, pick-up, hamburger, filles (et encore), cuites. Les Etats s’enchaînent, monotones, il décline le drapeau et les symboles. On baille. On est triste.
"Une Odyssée américaine" est décrit par son éditeur comme « L’attrape-cœur de la vieillesse », « un livre emblématique de l’Amérique ». Rien que çà. Jim ne sait sans doute même pas qu’on a menti sur son livre. Il est trop ivre mort. Alors relisons "La femme aux lucioles" ou "De Marquette à Veracruz", pour se souvenir comme il a été grand.
Pourtant, on pourrait en citer, des auteurs qui se sont révélés magiques à la fin de leur vie. Je pense à Gracq et ses "Carnets de Grand Chemin", publiés en 1992, à l'âge de 82 ans. Il y avait là la paix presque souriante de l'été consumé et du rideau tombé, et aussi la petite âme songeuse, menacée et pourtant opiniâtre, qui s'éveille dans tous les feux qui brûlent au bord de la mer.
18:52 Publié dans Du beau, de l'étonnant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, jim harrison, david lodge, surdite, alcoolisme
