20 octobre 2008

Crise financière, hommes en crise ?

Artist_+Jackson+Pollock.jpgDepuis quelques temps, à la vision des soubresauts de la crise et des nouveaux spasmes qui agitent les banques et les institutions, j'ai envie d'oser une approche psychanalytique....et si le monde était devenu une gigantesque cour de récréation pour des hommes en perte de repères, refusant de grandir, diluant leurs responsabilités dans la mondialisation et le womenpower grandissant ?

Le phénomène n'est pas nouveau. Jean-Marie Messier a été sans aucun doute le premier patron "adulescent". A l'époque, on avait applaudi la remise en cause des codes, le patron buddy, sympa, participatif, néo-68tard sans l'idéologie. Le revers de la médaille fut ce que l'on connait: la chute et, ô surprise, la reconversion dans un fonds spéculatif à New York !

Le conseil nous donne l’occasion de croiser et d’accompagner tous les jours des dirigeants qui ne veulent plus être un leader responsable, celui qui impulse, donne la vision, mais aussi a le courage des décisions difficiles, et de la transparence qui va avec. Beaucoup ont le sentiment de nager dans des habits trop larges, et voudraient se fondre dans la masse de leurs salariés tout aussi déboussolés.

Loin de moi l’idée d’appeler au retour d’une figure paternaliste et gaullienne, qui dirige son entreprise avec une hiérarchie totalement pyramidale et coercitive. Il est évident, qu’à l’heure du Web 2.0, de l’arrivée des générations d’enfants rois dans les entreprises, les codes managériaux sont à réinventer totalement, de même que la façon de faire de la politique.

Mais certaines valeurs, qui structurent les sociétés et un monde aujourd’hui globalisé, sont aussi à réinjecter : le principe de réalisme, la responsabilité, de son environnement immédiat, mais aussi des chocs à moyen terme et bien sur l’éthique. Si le patron ne dit pas « Delanda est Carthago », s’il ne fixe pas des limites, s’il ne décide pas des valeurs qui structurent son organisation, s’il ne s’assure pas qu’il y a des cordes de rappels et qu’elles sont actives, qui le fera ? Ni l’Etat et encore moins le marché.

A l’extrême, le trader est l’enfant-roi par excellence : il est craint et livré à lui-même, adulé, addictif, il a tout de l’adolescent sur lequel on n’a pas de prise.
Les hommes politiques adoptent aussi ces codes : démarche participative frelatée, figure du « pote », télescopage de l’exemplarité publique et privée etc.
Je pense à Georges Bataille et l’irrationalisme. Souvenez-vous la fin du sens dans Histoire de l’œil : ne cherchez pas, nous y sommes.

Ces comportements, qui ont été parfaitement identifiés par les pédiatres et les psychanalystes dans la sphère familiale : recul de l’autorité paternelle, puissance maternelle quasi-castratrice, refus de grandir et des responsabilités mais aussi perte du désir par absence de frustration, ne préparent pas des générations d’hommes à affronter le monde et encore moins à des responsabilités managériales.

kooning_femme.jpgEt les femmes dans tous çà ? Deuxième génération après le féminisme, nous regardons désolées le système imploser par la faute de quelques immatures, mais nous nous sentons malgré tout parties prenantes. Nous avons été tour à tour conquérantes, menaçantes, soumises, révoltées. Nous avons participé de cette perte des repères masculins. Les femmes qui sont aux commandes adoptent les codes des hommes pour survivre : violences, manipulations, intimidations, prédations. Notre pouvoir les a menacé, ajoutant à la confusion. Pourtant, la différence sexuelle a beaucoup à apporter à l'entreprise...lisez Womenomics : La croissance dépend aussi des femmes... d'Avivah Wittenberg-cox (j'y reviendrai).

Pour autant, comme Nietzsche croyait à la puissance de la métamorphose, je pense que la crise va exercer une fonction purgative. Et à l’instar d’un Montaigne, « Je ne peins pas l’être. Je peins le passage : non un passage d’âge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l’heure. Je pourrai tantôt changer, non de fortune seulement, mais aussi d’intention. C’est un contrôle de divers et muables accidents et d’imaginations irrésolues ». (Essais, III, 2)

19 juin 2006

Plaidoyer pour une naissance naturelle.

medium_nb.jpgL'accouchement à domicile (AAD) est si peu répandu en France et dans la majorité des pays développés, exception faite de certains pays nordiques, Allemagne et Pays-Bas principalement, que les parents qui font ce choix suscitent curiosité, méfiance voire défiance. Les praticiens qui acceptent d'accompagner des couples le font par conviction car les risques en terme d'assurance et de réputation au sein de la profession sont importants, même si le risque de complications est plus faible qu'en hôpital (voir mon article sur Wikipédia ).
Or c'est tout notre système d'obstétrique mais également l'accompagnement global de la périnatalité à la française qui est remis en cause dans ce type de démarche.

Quelles sont les raisons qui poussent un couple à donner naissance à son enfant dans l'intimité de leur foyer:
- la volonté de se réapproprier la naissance de leur enfant, d'être respectés en tant que parents responsables et pour la femme de rester maître de son corps et du processus de naissance.
- le besoin pour la femme de se sentir en confiance et dans l'intimité pour "travailler" en paix, d'être entourée de personnes qu'elle a choisies, qu'elle connait et qui ne seront en aucun cas source de peur et d'insécurité, de pouvoir se mouvoir, s'alimenter et choisir la position d'accouchement qui leur convient, éventuellement dans l'eau.
- l'absence quasi-systématique d'interventions de type touchers vaginaux répétés, perçage de la poche des eaux, épisiotomie, perfusion d'ocytociques, monitoring en continu, forceps, ventouse, ou pressions abdominales.
- le respect de la physiologie et du temps de progression du travail qui ne sera pas troublé par un ralentissement (péridurale) ou une accélération (ocytociques)artificiels.
- une naissance non violente pour l'enfant: la lumière est tamisée, le cordon est coupé une fois qu'il ne bat plus, l'enfant est maintenu contre sa mère en peau à peau, il n'est pas immédiatement lavé ni aspiré, il est mis au sein tout de suite.
- un suivi post-partum à domicile en famille favorisant le repos, le bien-être des autres enfants et une plus faible occurrence de la dépression post-natale, le lien mère-enfant ayant été préservé et encouragé au maximum.

Il faut savoir qu'accoucher à la maison aujourd'hui n'a plus rien à voir avec la façon dont les choses se déroulaient avant l'accouchement en structure hospitalière. Les conditions d'hygiène sont maximales, même meilleures qu'à l'hopital où les infections nosocomiales sont nombreuses, le praticien s'entoure d'un matériel imposant (mais discret) de réanimation, l'hôpital le plus proche est prévenu et détient un dossier de la mère. Par ailleurs, le suivi de grossesse est rapproché et toutes les contre-indications éventuelles à un accouchement à domicile (jumeaux, siège, placenta praevia, malformation, RCIU...) peuvent être detectées en amont.

Une naissance est bien plus qu'une opération médicale consistant à "sortir" l'enfant de la façon la plus sécuritaire qui soit. C'est un moment unique, extraordinaire où deux êtres "viennent au monde", la femme qui devient mère ET l'enfant. Or ce moment a toute les chances d'être saccagé en maternité. Le système ne se préoccupe pas de savoir ce qu'il advient d'une mère dont l'accouchement a été volé, d'un enfant dont les premiers moment de vie ont été d'une rare violence après un processus lui-même traumatisant, ni du lien de ces deux êtres en deshérance.

L'accouchement médicalisé et "sans douleur" a représenté un progrès pour la mère et l'enfant avec une plus faible occurence de la mortalité péri-mortalité et des infections mais également une forme de libération de la femme à qui l'on offrait enfin de se soustraire aux douleurs archaïques de l'accouchement. Se départir de sa condition de mammifère, une étape positive de l'évolution ?

Et si l'on avait fait fausse-route ? Il me semble que le progrès viendrait plutôt d'une compréhension plus fine du processus psychologique et neurologique de la naissance, aussi bien pour l'enfant que pour la mère et de ses conséquences sur la vie future de chacun que de la négation d'une douleur qui n'est pas inutile comme peut l'être la douleur d'une blessure.
Frédéric Leboyer, mais également Jean Liedloff dans "The continuum concept" a mis en lumière le vécu du nourrison qui "fait son chemin" dans le corps de se mère pour naître, l'effort et l'épreuve que cela représente, le moment fondateur de sa vie qu'il est en train de construire mais également la violence de son arrivée au monde, violence accentuée par l'environnement médicalisée, les lumières, les "soins" invasifs, le stress de la mère lorsqu'elle est mal entourée.

Pour la mère, la naissance de son enfant est un processus faisant appel aux plus profonds de ses reflexes archaïques, lui rappelant brutalement sa condition mammifèrienne. Mais des siècles d'acculturation lui ont fait enfouir ses réflexes et si elle est mal préparée et mal entourée, il lui sera plus difficile de faire appel à son cerveau reptilien, qui sait comment aider l'enfant à progresser jusqu'à la délivrance. La médicalisation induit très souvent une déresponsabilisation totale pour ne pas dire une infantilisation de la mère, qui dès le suivi de grossesse se voit obligée de s'en remettre au corps médical avec un espace de liberté souvent réduit à néant.
La naissance est enfin l'occasion pour la femme et les parents d'être confrontés à leur histoire personnelle et à leur propre naissance. Il est impératif d'effectuer un retour sur soi, un "nettoyage mental", afin d'accueillir son enfant dans les meilleures conditions qui soient et de commencer une relation parentale saine qui permettra à chacun de trouver sa place. Il est rarrissime que cette dimension soit prise en compte dans un suivi hospitalier, qui se focalise uniquement sur les éléments médicaux et vitaux. Au contraire dans accompagnement global, l'aspect psychologique prend toute sa place.


L'accouchement à domicile ne concernera toujours qu'une minorité de femmes, tant les conditions à réunir sont nombreuses. Mais il serait bon qu'il provoque une reflexion sur ce que devrait être une naissance respectée en milieu hospitalier et sur le bien-fondé des maisons de naissance qui réconcilient les deux extrêmes. Ce débat devrait être dépassionné et débarrassé des enjeux de pouvoirs qu'il sous-tend avec pour seul objectif le respect de l'enfant et des parents.