26 juin 2008

Fabienne sur la littérature française

Un commentaire sur mes reflexions dans ce billet:

http://bleuzenn.blogspirit.com/archive/2008/05/14/amour-rauschenberg-russel-banks.html

Moins que les écrivains français, ce sont les éditeurs qu'il faut blâmer et - parce que ces derniers les suivent - les lecteurs aussi. Le nombrilisme pépère et faussement distancié fait recette, voilà tout.
Marie N'diaye, Jacques Chessex, ou le tout récemment décédé Cossery n'ont rien à envier aux auteurs étrangers. Dans des registres totalement différents, ils mènent des oeuvres exigeantes et nous offrent ce que Bill Gates nous a soustrait: la lente rumination d'une langue subtile, intelligente , incroyablement implicite et que j'aime. Et puis les Gailly, Echenoz, Laurens, Le Clézio, on a encore un p. de plaisir à les attendre non?

09 juin 2008

Sarkozy au volant de l'Europe

Je vous conseille chaudement la lecture de l'excellent article de Justin Vaisse sur la Présidence française de l'Union européenne.

Je retiens surtout la comparaison avec la météo: composer avec des éléments qu'on ne maîtrise pas. Notre volontariste et hyperactif Président y parviendra-t-il ?



87f49b4b914251e11ef9a2031d3dedd9.jpg

Sarkozy au volant de l'Europe : ce qu'il faut attendre de la présidence française de l'Union européenne - juillet-décembre 2008 (1ère partie)

Auteur : Justin Vaïsse : Chercheur, Center on the US and Europe, The Brookings Institution



À quelques semaines du début de la présidence française de l'Union européenne, Justin Vaïsse propose un tour d'horizon du contexte politique, des priorités et des perspectives de réussite de cette présidence. Cette semaine, dans un premier texte, il explique ce que recouvre cette fonction qui est d'abord logistique – l'organisation, en six mois, de milliers de rencontres, sommets et négociations entre les 27 États membres – et consiste à faire progresser un agenda européen largement prédéterminé, en tentant d'accorder au mieux l'intérêt national et l'intérêt général européen. Si le contexte international présente de nombreux défis, les relations entre la France et ses principaux partenaires apparaissent bonnes, ou se sont récemment améliorées, dans le cas de l'Allemagne. Le contexte institutionnel, en revanche, est plus confus : la France devra, à la fois, s'assurer de ne pas gêner le processus de ratification du traité de Lisbonne par tous les États membres et faire avancer les négociations concernant sa mise en œuvre pour 2009.

L'expression "présidence française de l'Union européenne" ne doit pas faire illusion : la fonction est moins grandiose qu'elle n'y paraît. Disséquant, dans un livre devenu un classique, la présidence américaine, Richard Neustadt la définissait comme un simple "pouvoir de persuasion" des autres branches du gouvernement afin de réaliser des réformes : c'est une bonne comparaison qui pourrait être faite avec la présidence de l'Union. Pour illustrer son propos, Neustadt citait le président américain Harry Truman sur les défis auxquels son successeur élu, le Général Eisenhower, serait bientôt confronté : "Il s'assiéra là et dira "Faites ceci ! Faites cela !". Et il ne se passera rien. Pauvre Ike. Ça ne sera pas du tout comme dans l'armée. Il trouvera cela très frustrant"

De manière similaire, et même sans expérience du milieu militaire, Nicolas Sarkozy expérimentera bientôt, pour la première fois, les limites et frustrations de la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, tâche consistant essentiellement à organiser et à présider, pendant six mois, quelque 4 000 rencontres et sommets des 27 États membres et à tenter inlassablement de les persuader d'adopter des positions communes audacieuses sur des questions très sensibles. De fait, le pays assumant la présidence, loin d'être en position de dicter son propre agenda politique, est souvent contraint de faire des sacrifices pour obtenir l'unité européenne, et pour accomplir sa tâche de président. Des métaphores plus exactes pour ce rôle pourraient être la migration des papillons monarques – chaque génération transmettant la flamme de la longue route européenne à la suivante avant de s'effacer – ou, sur une note plus optimiste, l'agriculture : le pays présidant l'Union européenne "récolte ce que d'autres ont semé et sèment ce que d'autres récolteront" [3], comme l'a suggéré le député européen Alain Lamassoure.

En outre, comme c'est le cas du patient agriculteur à l'égard des conditions climatiques, le succès d'une présidence donnée de l'Union européenne dépend largement de facteurs qu'elle ne contrôle pas. Tout d'abord, l'Union a son propre rythme politique, et une présidence doit s'accommoder au mieux d'un agenda largement prédéfini. En d'autres termes, elle n'a que peu de latitude pour choisir ses thèmes de prédilection. En 2000 par exemple, la précédente présidence française de l'Union européenne avait dû gérer l'étape finale d'un processus de réforme institutionnelle complexe et douloureux relatif aux futurs élargissements et parvenir à un traité. L'aboutissement avait été le traité de Nice, considéré comme un "demi-succès" [4].

Suite de l'article sur le site de fondation Schuman.

30 mai 2008

Obama, deux ou trois choses que je sais de lui

Barack Obama, c'est d'abord le magistère du verbe.

2eb2c1277f8500aad3921b9b1e97d728.jpgObama est un orateur hors pair. Il a fait son entrée dans la « grande politique », le 27 juillet 2004 à l’occasion d’un discours qu’il prononce à la convention démocrate. Avec ce discours, baptisé The Audacity of Hope (l’audace de l’espoir), du nom d’un sermon entendu adolescent au temple, il enflamme les démocrates :
• Il fait l’apologie du rêve américain. Il utilise les ressorts du storytelling pour raconter la vie de son père au Kenya, qui gardait les chèvres, vivait dans une case faite de bouse séchée et a obtenu une bourse pour aller étudier aux Etats-Unis.
• Il appelle à l’unité des Américains. Cette unité pour lui est liée à son histoire (sa mère blanche irlandaise, son père kenyan, son enfance entre Hawaï, l’Indonésie et l’Amérique) mais plus largement à la solidarité de la « famille américaine » qui ne doit pas abandonner ses enfants.
Ce discours a été repris et commenté dans tous les medias américains, y compris républicains. Certains ont eu des qualificatifs délirants : « fascinant, phénoménal ». Il est ainsi devenu célèbre et a commencé à se faire connaître outre-atlantique. Ce discours circule aujourd’hui sur le Net comme jamais.

Ces deux convictions très fortes portent sa campagne. Pour recevoir des SMS de sa campagne, il faut envoyer le mot HOPE. L’unité du peuple américain est un autre leitmotiv de sa campagne. Aussi scande-t-il souvent together dans ses discours comme une litanie.
Sa capacité à magnétiser les auditoires est très grande. Ces discours, écrits par lui-même, sont des morceaux de rhétorique dans lesquels il met un souffle personnel fort. Il pratique l’emphase, la répétition, il chanterait presque. Il y a quelque chose du Gospel dans ses phrases. Jusqu’à 20.000 personnes font la queue pendant des heures pour l’entendre parler. Une véritable « Obamania » s’est emparé de l’Amérique. Des chansons et des clips sur lui circulent sur le Net. Le fils de Bob Dylan a même créé un album sur lui.

Il manie les symboles avec beaucoup d’intelligence. Ainsi il déclare sa candidature à Springfield, sur la tombe de Lincoln, le Président qui a aboli l’esclavage. Il véhicule une image de proximité, de simplicité, d’écoute. Par son histoire, mais aussi par ses gestes. Ainsi quand il se rend pour la première fois au Kenya, lui et sa femme se font faire un test du Sida dans un dispensaire. Il use et abuse des SMS pour communiquer avec ses électeurs.

Barack Obama est souvent vu comme « faible » sur les relations internationales, même si dès son élection au Sénat, il a énormément voyagé en prenant la vice-présidence de la commission des Affaires étrangères. Mais il a des origines musulmanes (son vrai prénom est Barack Hussein) et il s’est prononcé pour le retrait progressif des troupes d’Irak. Pour beaucoup d’Américains, c’est suffisant pour ne jamais lui confier les clés de la première puissance mondiale. Steve King, un parlementaire républicain, a estimé que si Obama était élu à la présidence des Etats-Unis « Al-Qaeda, les islamistes radicaux et leurs supporteurs vont danser dans les rues en nombre plus important que le 11 Septembre, car ils revendiqueront la victoire dans la guerre menée contre le terrorisme »
Obama parie lui sur un tournant social et idéologique profond : les Américains n’ont plus envie de régner par la terreur sur le monde.

Face à lui, John McCain, le martyr

6687e7c63e1aba522e36487206bf29e1.jpgJohn McCain, c’est Coriolan dans Shakespeare montrant ses plaies à la foule pour se faire élire. Héros de la guerre du Vietnam, qui le laissa très grièvement blessé puis emprisonné et torturé dans les geôles vietnamiennes, il ne peut pas lever ses bras plus hauts que son cou et sa femme doit le coiffer. Son leitmotiv : « Les candidats sont jugés sur leur personne et toutes les expériences de leur vie ». Piètre orateur, il offre quasiment son corps à la nation américaine. Et dans cette Amérique qui doute, cette stratégie se révèle forte de symboles et de sens.
Sa force, c’est sa faiblesse au sein du camp conservateur. Il est plutôt vu comme un centriste. Il a des positions classiques sur l’avortement, les armes à feu ou la guerre en Irak, mais il tranche sur la torture. Il s’est aussi abstenu dans un vote pour interdire le mariage homosexuel.

John McCain parle au cœur des américains, rassure, incarne une figure paternelle, là où Obama joue plutôt la carte du frère, du buddy (pote). John McCain promet une Présidence plus en retrait, laissant à nouveau la main au pouvoir des Etats et donc au Congrès. L’histoire des cycles politiques américains est jalonnée de ces périodes d’alternance entre Présidence fédérale forte et faible. Le moment est peut être venu d’une Présidence moins impériale.