27 septembre 2008
Il y a un temps
Livre de Quohélet (Qo 3, 1-11)
01 Il y a un moment pour tout,
et un temps pour chaque chose sous le ciel :
02 un temps pour engendrer,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher.
03 Un temps pour tuer,
et un temps pour soigner ;
un temps pour détruire,
et un temps pour construire.
04 Un temps pour pleurer,
et un temps pour rire ;
un temps pour gémir,
et un temps pour danser.
05 Un temps pour lancer des pierres,
et un temps pour les ramasser ;
un temps pour s'embrasser,
et un temps pour s'abstenir.
06 Un temps pour chercher,
et un temps pour perdre ;
un temps pour garder,
et un temps pour jeter.
07 Un temps pour déchirer,
et un temps pour recoudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler.
08 Un temps pour aimer,
et un temps pour haïr ;
un temps pour faire la guerre,
et un temps pour faire la paix.
09 Quel profit le travailleur retire-t-il
de toute la peine qu'il prend ?
10 J'ai vu toutes les occupations que Dieu donne aux hommes.
11 Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps.
Dieu a mis toute la durée du temps dans l'esprit de l'homme,
et pourtant celui-ci est incapable d'embrasser
l'oeuvre que Dieu a faite
du début jusqu'à la fin.
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11 septembre 2008
Sang craché, rire des lèvres belles...
S'échapper en août, loin loin de la boue a été l'occasion d'une longue respiration dans les pages des livres.
Quelques lectures, oui, à vous faire partager, à l'écart du tapage de la rentrée littéraire, microcosmique et nombriliste comme de coutume, en France (ou devrais-je dire à Paris ?).
Je commencerai par Millemium de Stieg Larsson. Par principe, un livre qui passionne des milliers de lecteurs m’intéresse. Cette attitude m’a même conduite à lire Marc Lévy (sans me passionner pour autant, mais en déchiffreuse ! ) ! Millenium est d’un exotisme fou, la Suède, la nuit, le froid, les comportements policés qui dissimulent de monstrueuses perversités, le destin incroyable de l’auteur, qui ne sera jamais « à succès », les personnages ciselés, tout passionne et tient en haleine. Je rejoins avec plaisir la guilde des noctambules de Millenium, qui se sont tenu éveillés jusqu’à l’aube, les yeux lourds fixés sur les dernières pages pour connaître la fin, sans parler des circularisations sans fin des différents tomes entre amis, famille, inconnus, heureux de faire partager leur plaisir.
Dans une charmante librairie de Megève, j’ai trouvé deux petits bijoux : Renaissance italienne d’Eric Laurrent et L’homme qui tombe de Don Delillo. Etonnant que, sans le savoir vraiment, les deux parlent d’amour qui meurt, qui renaît, ou qui s’égare, dans des mondes différents mais qui partagent la perte des valeurs et le déséquilibre.
Eric Laurrent, une bonne surprise quand on rêve de re-naissance. Un langage riche, écrit par un collectionneur de mots rares et précieux (il dit dans une interview, « je collectionne les mots comme d’autres les timbres », ou encore, « je suis l’anti-Beckett »), une finesse d’analyse des personnages, un coté décidemment La Rochefoucault. « Joyeux pessimiste », comme il se définit, toujours conscient des souffrances de l’amour, et qui toujours recommence le jeu. Sans doute l’un de ses quelques romans qui pratiquent le happy-ending, avec une très belle scène finale, pleine de sensualité et d’amour qui re-naît.
Chaos brutal pour Don Delillo avec un anti-héros qui échappe à la mort dans les tours du World Trade Center et, mu par un réflexe quasi animal, échoue chez sa femme et son fils, dont il s’est séparé un an auparavant. Retour à la vie qui n’est qu’apparent : l’homme n’est plus qu’une ombre et entretient une relation avec une femme, rescapée elle aussi, dont il a emporté la mallette en descendant les escaliers des tours en feu. Une méditation puissante sur le couple, sur un monde sans repères qui sombre et dont on ne voit pas l’issue. Le chaos du monde et des vies quelques années plus tard raisonne fort dans le récit de Don Delillo.
Au pied de mon lit : La femme de trente ans, lu avant les vacances mais relu par touches pour savourer encore et toujours la hiératique Julie. Pour moi, le roman le plus noir de Balzac, sans illusion sur l’homme et la femme, et le plus romanesque, avec cette fin quasi-homérienne, pleine de piraterie et de morts violentes. Le torchon brûle, de A. M. Homes et Dorothée Zumstei, un conseil de lecture de Nicolas Bartel : un couple de Wasp sombre dans la destruction. Une descente en vrille décapante sur un thème du genre : comment le masque social se disloque ou « la vérité est une tragédie ». Et enfin Ne pas toucher, toujours d’Eric Laurrent, sur le désir fou d’un homme pour une femme qui se refuse par respect des interdits, jusqu’à l’épuisement dans la mise à distance.
15:30 Publié dans Du beau, de l'étonnant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 juillet 2008
Il n'y a pas d'amour heureux
Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux
Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de ce lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désarmés incertains
Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous deux
Copyright: Louis Aragon / Georges Brassens
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