09 janvier 2009
Rachida Dati, carton rouge du lien mère enfant
Le retour de Rachida Dati au travail 5 jours après la naissance de sa fille n’a pas suscité d’admiration mais plutôt une levée de critiques.
Au moment où l’Union européenne envisage d’allonger le congé maternité à 18 semaines, au moment où psychiatres, médecins réaffirment la nécessité de la construction du lien mère-enfant, ce genre de faux exploit est une régression, si ce n’est un choc pour toutes les mères qui travaillent et pour les pères, qui se préoccupent du devenir d’une femme en convalescence et d’un nourrisson brutalement privé de sa mère.
C’est une régression d’abord. Comme le dit Florence Montreynaud, présidente de l'association des "Chiennes de garde", elle réédite les pratiques des ouvrières des années 20 qui accouchaient à l’usine. Même si la condition des femmes reste difficile dans de nombreux pays, les traditions prévoyaient toujours une période d’environ un mois, pendant laquelle la jeune maman était aidé par un réseau de sœurs, tantes, voisines, jusqu’aux « relevailles ».
C’est une violence ensuite, faite à la femme et à l’enfant. A la femme d’abord, parce que l’accouchement constitue une épreuve physique et psychologique qui nécessite une période de repos et de calme. La femme qui retrouve son travail si vite, se met une pression nocive pour elle-même, elle rate les premiers instants si précieux de son enfant.
L’enfant, quant à lui, est privé de l’odeur de sa mère, de son lait, du contact de sa peau, si vitaux pour grandir et se développer !
Le pouvoir, les responsabilités, les urgentes et impérieuses nécessités passeront, l’enfant et sa mère auront toute leur vie pour regretter ce genre de départ dans la vie. Qu’est-ce que quelques mois dans la vie d’une femme ? Et quelle importance à l’inverse pour une enfant que ces premiers moments !
On admire la création du congé paternité, on glose sur la nécessité d’allaiter, de porter son enfant, de construire un lien mère-enfant solide, qui aide l’enfant à se sécuriser, à se sentir en confiance, qui diminuerait même l’occurrence d’hyperactivité, voire de délinquance !
Le modèle scandinave est porté au pinacle. 52 semaines de congés, rémunérés à 80%, pouvant être pris par le père comme la mère. Le père a en plus droit à deux mois de congés paternité. Pour autant qu’on le sache, la performance et la compétitivité de la Suède ne sont plus à démontrer. Rachida Dati nous prouve qu’en France, c’est un benchmark de pacotille.
C’est vrai qu’il y a encore des entreprises où un long congé maternité est mal vu, où le risque de se retrouver sans perspectives au retour de congé est réel. Il y a des femmes chefs d’entreprises, à leur compte, free-lance, en situation de précarité, qui n’ont pas le choix. Mais quand on est Ministre, femme, issue de l’immigration, qu’on a été érigée en symbole, ce n’est pas qu’une affaire de choix privé, c’est un affaire de choix de société, de la société que l’on veut pour demain.
Même sa collègue Carmen Chacon Ministre de la Défense espagnol a pris 6 semaines de congés (ce qui est peu), tout en gardant un œil sur ses dossiers depuis chez elle. Son collègue ministre de l’Intérieur a assuré l’intérim pendant cette période.
Rachida Dati qui s’est permis beaucoup de choses, a surpris, s’est affirmé, a aimé casser les codes ; elle aurait pu oser, surprendre, amener son bébé en Conseil des ministres pour l’allaiter par exemple, comme le permet le code du travail, un beau symbole ! Au lieu de cela, elle donne l’image d’une pseudo superwomen, qui ne convainc personne, et surtout pas les mères qui travaillent.
Cela ressemble surtout à une fuite en avant. Dans le viseur du pouvoir depuis quelques mois, Rachida Dati pense que sa présence ininterrompue suffira à diminuer les tensions. Cela ne changera probablement pas grand-chose à la grogne des magistrats, ni au courroux de l’Elysée.
Rachida Dati n’a pas réussi à être un symbole identitaire. Elle aura échoué aussi à être un symbole féministe. Carton rouge.
11:28 Publié dans Changer | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rachida dati, accouchement, politique, france, nicolas sarkozy, feminisme, congé maternité
01 décembre 2008
PS : récolement des morceaux ?
Alors que le monde vit des évènements sanglants, qui nous rappelle l’instabilité et le chaos qui règne sur la planète, le Parti socialiste nous offre un spectacle désolant.
Le résultat connu, après le triste vaudeville d’un PS en fin de vie et la victoire d’un dinosaure de la gauche, la dame des 35 heures, un modèle d’intransigeance et de ringardise idéologique, quel avenir pour le PS ? 102 voix de retard pour une Royal plus hystérique et plus creuse que jamais, de longues et mortelles batailles en perspective entre les deux camps dont la légitimité sera mal affirmée, entre deux femmes qui ont en commun la dureté, le courage, mais surtout le goût du pouvoir, l’absence d’idées et une capacité incommensurable à ne pas écouter.
Pour notre majorité, c’est un boulevard. 2012 nous est acquis, à condition que Nicolas Sarkozy rassemble et batte la campagne, en quoi il excelle. Les meilleurs du PS sont passés de l’autre côté (du mur, de l’Atlantique etc…). Neutralisé. Inoffensif.
Mais une fois ce satisfecit facile, regardons la réalité : le PS ne s’est jamais relevé du choc de 2002. Le schisme qu’a constitué la troisième position de Jospin aux présidentielles a révélé brutalement la gangrène qui ronge du PS depuis les années Mitterrand. Or il est des crises qui ne se règlent pas en quelques mois. Celle-ci est profonde et durable.
Là où le RPR puis l’UMP ont, dans la pure tradition bonapartiste de la droite française, retrouvé un chef après Chirac, qui fasse rentrer dans le rang les « courants » et autre tentative de synthèse molle et paralysante, le PS s’enlise dans un fonctionnement pseudo collégial. La seule à avoir voulu s’en passer a été Ségolène Royal. On peut au moins lui reconnaître ce mérite : elle a compris que le système Kominterm n’était plus vraiment à la page et surtout qu’il ne permettait pas de se passer de la guerre des egos (sans parler des courants, mais dans le cas du PS, c’est secondaire).
Depuis presque une décennie, le PS nous fait rire : reconnaissance de l’économie de marché par exemple, dépôt de motions, système de primaires, de pré-votation, de post-motion de censure, de shadow gouvernement, bref Ubu, Kafka, Tchekhov convoqués pour regarder une organisation en roue libre emmener la gauche française dans le néant.
J’ai consacré des pages plutôt virulentes à Ségolène Royal sans parler de sa conception douteuse du féminisme. Ces dernières sorties ne m’ont pas moins inspirée. L’apothéose a été atteinte avec ce show grotesque de Madone déguisée en caniche à hurler fra-ter-ni-té sur la scène, comme si l’image suffisait à insuffler la vision. Martine Aubry, quant à elle, on la croirait sortie tout droit des années 90 : le look (les broches, les écharpes de couleur, la coupe 10 ans de retard), les idées, le ton, l’ENA…tout sent sa naphtaline, son Gosplan jauni.
Pendant que nous assisterons à des gesticulations vides de sens, le PS va se faire déborder par sa gauche. Faute de proposer une alternative crédible à la droite, mais qui soit pourtant « dans le monde », c'est-à-dire pro-capitaliste, réformatrice, post-keynésienne, ce n’est plus Le Pen qui sera devant le PS en 2012, mais Olivier Besancenot et sa vision du monde faussement cool et vraiment liberticide.
La solution : créer un nouveau parti social-démocrate. Ceux qui auront le courage de le faire et de tuer le père, auront l’avenir devant eux. En attendant, on a encore quelques belles années de farce à vivre.
02:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : martine aubry, ségolène royal, nicolas sarkozy, politique, partie socialiste, france, secrétaire national
03 novembre 2008
« On attend depuis 200 ans…

…alors on peut bien patienter quelques heures ». C’est avec cette phrase un tantinet grandiloquante qu’un supporter noir américain d’Obama explique son camping sur les lieux de la possible « Victory Party » d’Obama à Chicago. Les 65.000 places sont parties en 15mn.
Le monde entier retient son souffle : oseront-ils ?
18:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
