06 septembre 2010

Elisabeth Badinter, le conflit femme - mère : le féminisme de droite se trompe de cible

Pour les mères, la fin des vacances sonne le début du conflit… L’occasion pour moi de revenir sur le livre de Badinter et d’offrir quelques perspectives pour l’année sur ce sujet. La lecture du livre de Badinter, « Le conflit, la mère et la femme » (Editions Flammarion) a été pour moi un calvaire, tant la caricature et les simplifications m’ont heurtée à chaque page.  J’ai néanmoins mis de côté ce que ces sujets peuvent remuer en moi pour parler à l’intelligence du livre. La remise en cause de ses certitudes est toujours un exercice stimulant.

Au-delà d’analyses intéressantes sur la fécondité française et les aspirations des Françaises en la matière, mais que n’importe quel sociologue un peu chevronné serait capable de formuler, Elisabeth Badinter nous offre une vision singulièrement déconnectée de la société, dont elle n’a pas compris les évolutions récentes. D’historienne (reconnue), elle veut se faire pythie. Mais Badinter rejoint pour moi la cohorte pullulante des faux rebelles, (comme Michel Onfray ) et vrais racoleurs avides de pub. 

Sur le fond, elle commet deux contre-sens importants.

  1. Elle confond néo-rousseaussisme et écologie moderne.

Badinter rejoint la cohorte des Allègre, et autres détracteurs de la décroissance qui confondent écologie et retour en arrière. Pour elle, l’écologie moderne, c’est le retour au lavoir des couches en tissu et les heures à la cuisine à écosser les petits pois cultivés dans son potager bio, tandis que l’allaitement est présenté comme une nouvelle forme de terrorisme infantile et idéologique. Ne sait-elle pas que les couches lavables sont aussi faciles à mettre que des jetables et qu’elles sèchent au sèche-linge ? Qu’on peut faire une purée bio une fois par semaine et la congeler ? Que l’allaitement, c’est la liberté de pourvoir plus facilement aux besoins de son enfant (la nuit, en voyage etc). Ce que Badinter ne dit pas, c’est que la dictature du tout-polluant industriel ne vaut pas mieux. Ou est l’émancipation quand le bilan environnemental, social, santé et économique du tout surgelés-bouffe-en-boîte-lingettes-au-paraben est désastreux ? Confondre écologie et régression est un non sens. Il ne s’agit pas de revenir à un avant qui n’a jamais existé (les précédentes révolutions industrielles ont été particulièrement polluantes et oppressives pour les femmes). Il s’agit de transformer profondément nos modes de vie et de production, parce que c’est l’urgence, et parce que la condition humaine a une chance d’en sortir grandie.

  1. Elle oppose féminisme et écologie

Pour elle, l’écologie au féminin, c’est le retour à l’Eden, avec à la clé, femme au foyer, tâches domestiques en plus, allaitement- esclavage, lavage de couches en tissus au lavoir. Qu’elle aille à la rencontre des femmes qui revendique une maternité alternative et respectueuse de l’environnement et elle verra qu’elles sont très loin du cliché qu’elle veut stigmatiser. voir à ce sujet l'excellent article "Vertes de rage"

« La femme écologiste ne s’affirme pas seulement comme mère potentielle mais aussi comme une combattante farouche, indépendante et entrepreneuse … ». "Oui, les femmes portent toujours le lourd fardeau de devoir concilier leur désir d’être actives, socialement épanouies et maternantes. Mais renvoyons la responsabilité de ce fardeau à ce qui a créé cette distorsion : un système historiquement décidé par et pour les hommes". Or les femmes sont bien représentées dans le combat écologique (pas assez sur la scène politique encore), preuve qu’elles y trouvent des échos à leurs intérêts.

Elle flirte avec le néo-beauf quand elle déclare en substance « comme c’était bien dans les années 70, on pouvait picoler enceinte et coller son enfant à la crèche à 5 jours ». Quel dommage qu’une si belle intelligence s’abîme dans ces constats navrants. Ce livre sent sa mamie nostalgique, avec sans doute un sac de nœuds personnel pas bien digéré autour de l’allaitement.

Elle se défend de proposer des solutions (voire ses interventions sur les plateaux de télé). Pourtant, elle vante le modèle des child-free. Là encore, le syndrome tour d’ivoire bat son plein. Nous dire, parce qu’elle a rencontré trois couples néo-bobos qui ont décidé de dépenser leur confortable salaire dans des voyages et des loisirs plutôt que dans les couches (jetables) et les écoles Montessori, « qu’un mouvement de fond est à l’œuvre » ! On est à la limite du malthusianisme insidieux. Et bien entendu, ça n’éclaire absolument pas la lanterne des déjà-mères.

Elle se tire enfin une balle dans le pied, quand, après avoir décrit pendant de longues pages les nouveaux asservissements écologiques dont seraient victimes les mères françaises, elle est incapable d’expliquer la bonne natalité française. Oui, la plupart des Françaises arrivent concilier vie sociale, professionnelle, politique parfois, et maternité heureuse et, pourquoi pas, nombreuse. Et en cela, contrairement à ce que regrette Badinter, elles sont les dignes héritières du bel esprit français du XVIIIème, libre et indépendant. Elles se moquent de la pression sociale et, pour en revenir à l’allaitement, elles ne sont que 28,3 % à allaiter leur bébé plus de 6 mois...et 80% à travailler...cherchez l'erreur !

Elle aurait pu écrire un beau livre sur les vrais enjeux des femmes françaises. Le combat est ailleurs : foyers mono-parentaux, partage des tâches domestiques, violence conjugale, temps partiel subi, négalités salariales, discriminations à l’embauche, pression du jeunisme, de la minceur, difficultés d’accès à l’IVG, contraception non remboursée etc.

Sans doute que tous ces véritables enjeux de la condition féminine échappent à Elisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, présidente du conseil de surveillance de Publicis et 50ème fortune française.

 

 

 

Commentaires

entierement d'accord

Écrit par : olympe | 06 septembre 2010

Bien vu!

Écrit par : Fabienne | 10 novembre 2010

Bonsoir, félicitations pour nous faire partager ce billet exhaustif. Je suis presque d'accord avec ce que tu exprimes avec principalement avec la position que tu as. Néanmoins, il est généralement extrêmement plaisant de lire un cheminement contraire au sien, c'est comme ça que l'on peut progesser. Mais, je suis enchantée d'avoir pu découvrir ce billet ainsi j'en comprends l'ensemble. Je reviendrai consulter tes futurs articles et éventuellement, dans la mesure de mes moyens, essayer m'inpliquer avec ma maigre réponse. Bisous.

Écrit par : Maïlys | 23 mai 2011

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