28 octobre 2009

Histoires de femmes

Comme promis, quelques coups de cœur littéraires pour cette rentrée.

Après avoir lu plusieurs romans des "Oeuvres complètes" de Russel Banks, plongeon brutal et noir dans l'Amérique du Grand Nord (lisez "Afflictions", un livre envoûtant), les Français, que j’honnis tant en temps normal, m'ont donné à lire quelques petites merveilles.

martin_winckler.jpgLe dernier Martin Winckler, « Le chœur des femmes » chez P.O.L. est probablement le meilleur roman féministe contemporain que j’ai pu lire. Explorant ses thèmes favoris, la relation soignant-soigné, les femmes, la fécondité, la sexualité, il décrit le chemin d’une jeune interne en gynécologie brutale, ambitieuse et arrogante qui est envoyée en stage dans un service dirigé par un drôle de médecin qui, sacrilège, écoute les femmes, tient compte de leur ressenti et les respecte. L’occasion pour Martin Winckler de distiller ses convictions sur la contraception, le respect du corps féminin dans la pratique médicale, les enjeux de pouvoir du corps médical, l’influence des grands laboratoires, mais aussi de nous faire découvrir le monde méconnu de l’intersexualité. Avec à la clé, une énigme prenante qui se noue sur le personnage central. 500 pages que j’ai dévorées en quelques jours, tant les thèmes que j’affectionne y sont brillamment développés, souvent avec poésie, et sans militantisme.

2_lge_nancy_070921045758291_wideweb__300x300.jpgTout aussi militante, dans la veine « gender studies », et résolument post-féministe, Nancy Huston mène dans « Journal de la création » chez Actes Sud, le journal de sa grossesse, épisode de sa vie de femme qui fait résonner en elle des grands thèmes de la littérature et plus précisément les couples, comme Zelda et Scott Fitzgerald, George Sand et Alfred de Musset, Elizabeth Barrett et Robert Browning, Virginia Woolf et Leonard Woolf, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, mais aussi Georges Bataille, Sylvia Plath…. Ancienne du MLF, élève de Roland Barthes, elle s’interroge sur le néo-féminisme et sur la notion « d’écriture féminine ». Je regrette un livre un peu désincarné, très « intelligent », mais sensible et passionnant malgré tout. M’a donné envie de relire Eliette Abécassis, qui a brisé avec brio le tabou de la maternité heureuse et exploré le thème du corps et de l’esprit chez la femme.

La_verite_sur_Marie.jpgBeaucoup plus poétique, un amoureux des mots, Jean-Philippe Toussaint nous fait vivre dans « La vérité sur Marie », aux Editions de Minuit, une nuit extraordinaire, qui met en scène son amour de toujours Marie (qu’il qu’il fuit, quitte, retrouve, quitte encore, dans « Fuir », dans « Faire l’amour »), un pur sang échappé sur un tarmac, la scène est inoubliable. Il y a quelque chose d’antique dans ce roman, le feu, les éléments, le mouvement de la terre, une femme ensorcelante, l’amour, la séparation. « L'orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort. Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. »

bergman.jpgEnfin, un film à voir ou à revoir : « Les fraises sauvages » d’Ingmar Bergman, sorti en 1957, méditation poétique sur l’enfance, un film proustien, magnifique.

(Concernant les derniers mauvais livres, vous avez l’embarras du choix : Beigbeder, Delerm, Nothomb, Kennedy, Assouline…mais c’est comme les mauvaises tables, ce n’est pas la peine d’en parler !)

Commentaires

Dis-moi il n'y aurait pas un thème de prédilection cette fois-ci ? ;)

Ecrit par : Gag | 28 octobre 2009

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