27 octobre 2008
Le (faux) retour du Colbertisme
Je lis avec étonnement un article de The Economist intitulé: Re-Bonjour, Monsieur Colbert.
Le propos est moqueur, limite dédaigneux pour cette "pauvre France engluée dans un dirigisme d'un autre âge". L'auteur nous ressort les vieilles lunes de Bull, du Crédit Lyonnais et remonte même aux nationalisations du début de l'ère Mitterrand. Bien entendu, les récentes mesures prises par la France renforce le propos. What's the French for "dirigiste" said Bush ? Ha.Ha.Ha. Et se moquer le retour d'un certain dirigisme "à la française" dans l'économie américaine, mais sous des formes cocasses, comme la suppression des bonus des meilleurs.
Etonnant de voir que la compréhension mutuelle de deux mondes, la France et l'Amérique, n'a pas beaucoup progressé, y compris dans ses sphères les plus éclairées et que le combat des libéraux contre les dirigistes a tout du dialogue de sourds.
Cette vision de la France, pour secouante qu'elle soit, nous oblige néanmoins par jeux de miroirs à nous interroger sur notre modèle économique. La France n'a jamais été libérale et il est peu probable ou souhaitable que le modèle soit implémentable chez nous. Souvenez-vous de l'ephémère passage d'Alain Madelin au gouvernement Juppé. Son "libéraux toute" n'a pas franchement plu et il a fait long feu. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, qui, bien que décomplexé d'admirer le modèle américain, s'est bien gardé d'envisager le répliquer en France.
Ce qui est plus inquiétant, c'est que ce pseudo-dirigisme semble bien convenir en temps de crise et signifier au fond plutôt le repli sur soi qu'une véritable politique économique d'innovation et de croissance. Un syndrome Ligne Maginot bien connu de la France...Dès le début de la crise des subprimes, la communication gouvernementale était orientée en ce sens: nous ne sommes pas touchés directement, parce que nos fondamentaux sont bons, certes, mais aussi parce que notre économie n'est pas si ouverte que cela.
Autre reflexion de l'article: à protéger nos industries, on en oublie les fondamentaux du processus de destruction créatrice et on ne favorise pas l'émergence des champions de demain. Lire les deux étagères de rapports et études soulignant la faiblesse de la politique d'innovation française.
Oui, je sais, on ne rassure pas des ouvriers en chomâge technique avec Schumpeter...du difficile art de la politique de concilier vision à long terme et emplois à "sauver".
Revenons à Colbert. Ministre visionnaire de Louis XIV, il est le premier à avoir formalisé et mis en oeuvre la politique de "champions nationaux". On n'a pas fait mieux depuis 300 ans...Pour autant, le maintien d'un tissu industriel, là où d'autres pays du continent européen ont fait le choix de la désindustrialisation pour les services, reste un axiome fort de la politique économique française. C'est un choix, qui est une part de notre modèle social, au même titre que notre fiscalité ou notre système de redistribution des revenus.
L'ensemble laisse un goût amer. Les tenants du patriotisme économique se frottent les mains. Ils feraient mieux de penser à la suite. L'après-crise. Ou comment après avoir réduit la voilure pour affronter le gros temps, on repart, spi au vent.
17:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, crise financière, politique économique, liberalisme, dirigisme, colbertisme, france

Commentaires
Qui aurait cru tu louasses Colbert? Mais je t'en félicite, c'est une figure que j'admire.
Petite remarque nautique: le spi, par nature, est toujours sous le vent, si l'on repart après le gros temps, c'est par exemple "tout dessus"
Ecrit par : Mam(ifa) | 07 novembre 2008
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