30 septembre 2008
Crise financière : le bal des menteurs
L’onde de choc qui secoue la finance a fait voler en éclat le chinese wall que nous croyions exister entre l’économie « réelle » et l’économie des titres. Comme si les deux n’appartenaient pas au même monde, celui de la production, des échanges, du travail et du financement des activités humaines.
Aujourd’hui, la théorie du chaos se déploie avec une violence qui secoue même les économies apparemment les plus protégées. Preuve de la globalisation extrême des échanges, preuve que la théorie du nuage de Tchernobyl n’a pas fonctionnée cette fois encore.
Bien sûr, ma lecture sera politique ; je lis avec intérêt les analyses développées sur la dérive du capitalisme financier, ses explications, ses mécanismes complexes et sinueux, l’imagination débordante des spéculateurs, la cécité des autorités de régulation, des agences de notation etc. Par instant, je crois lire du vieil Ignatio Ramonet, Monde diplomatique version post-moderne. J’entends en filigrane des relents de théories du complot, de complexe judéo-chrétien, de dérive anti-capitaliste, de mur de l’argent, étayé certes par les chiffres (ainsi, aux Etats-Unis, les 1% les plus riches se sont partagés 23% de la richesse nationale, 20 milliards d’euros de bonus ont été distribués à la City en 2007), par l’imagination débordante des spéculateurs (je suis effrayée, même si admirative, par le fertile cerveau qui a imaginé le Swap développé sur le risque de défaut de paiement - CDS pour Credilt-Default Swaps).
Pourtant, ce sont des économistes ou des journalistes parfaitement libéraux qui se retournent contre « l’avidité » des financiers. Je me souviens à l’Université du MEDEF de 2007, du malaise éprouvé par l’assistance lorsque Nicolas Sarkozy avait fait une critique virulente du « capitalisme prédateur », opposant grossièrement, à sa manière de grand communicant, les spéculateurs aux entrepreneurs. Un an après, c’est Laurence Parisot qui se dit qu’arriver en (golden) parachute à la même Université serait du plus mauvais effet, compte tenu de la crise qui fait rage.
J'ai surtout le sentiment d’assister à une farce tragique où tous, évaluateurs, prêteurs, front, back, middle … se sont tenus par la barbichette, sur tous les marchés (matières premières, titrisation, risques, LBO…). Plusieurs insiders avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Pourquoi n’ont-ils pas été entendus ? Parce que fondamentalement, personne n’y avait intérêt, la bulle, ou plutôt la pelote, grossissant comme un éléphant rose que personne ne songeait à désigner.
Le Président de la République peut aujourd’hui endosser sans problème les habits de pourfendeur de l’économie financière. Reste que ses marges de manœuvre sont des plus réduites et que sa position idéologique en la matière tient de l’équilibrisme. Il ne s’agit pas de détruire un système qui est probablement le pire à l’exception de tous les autres, mais plutôt d’évaluer finement les effets d’une soft regulation qui endigue le risque systémique et remette le système d’aplomb. Quand on voit les querelles d’experts sur le sujet, on ne peut qu’être inquiet sur les solutions à court terme. Voyez le tir de boulets que le plan Paulson essuie, voyez les articles des contradicteurs dans le Financial Times, le New-York Times.
En revanche, il me parait évident que l’impact d’une bonne communication est essentiel. Compte tenu du degré d’irrationalité dans lequel nous errons ces derniers jours, de l’effet de levier de l’effet-confiance sur les comportements des consommateurs comme sur les investisseurs, les gouvernements peuvent et doivent être rassurants et donner l’impression qu’ils maîtrisent la situation. C’est l’immense différence avec la crise de 1929. Il faut jouer la transparence, certes, mais plus que jamais, la communication est l’action.
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27 septembre 2008
Il y a un temps
Livre de Quohélet (Qo 3, 1-11)
01 Il y a un moment pour tout,
et un temps pour chaque chose sous le ciel :
02 un temps pour engendrer,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher.
03 Un temps pour tuer,
et un temps pour soigner ;
un temps pour détruire,
et un temps pour construire.
04 Un temps pour pleurer,
et un temps pour rire ;
un temps pour gémir,
et un temps pour danser.
05 Un temps pour lancer des pierres,
et un temps pour les ramasser ;
un temps pour s'embrasser,
et un temps pour s'abstenir.
06 Un temps pour chercher,
et un temps pour perdre ;
un temps pour garder,
et un temps pour jeter.
07 Un temps pour déchirer,
et un temps pour recoudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler.
08 Un temps pour aimer,
et un temps pour haïr ;
un temps pour faire la guerre,
et un temps pour faire la paix.
09 Quel profit le travailleur retire-t-il
de toute la peine qu'il prend ?
10 J'ai vu toutes les occupations que Dieu donne aux hommes.
11 Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps.
Dieu a mis toute la durée du temps dans l'esprit de l'homme,
et pourtant celui-ci est incapable d'embrasser
l'oeuvre que Dieu a faite
du début jusqu'à la fin.
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11 septembre 2008
Sang craché, rire des lèvres belles...
S'échapper en août, loin loin de la boue a été l'occasion d'une longue respiration dans les pages des livres.
Quelques lectures, oui, à vous faire partager, à l'écart du tapage de la rentrée littéraire, microcosmique et nombriliste comme de coutume, en France (ou devrais-je dire à Paris ?).
Je commencerai par Millemium de Stieg Larsson. Par principe, un livre qui passionne des milliers de lecteurs m’intéresse. Cette attitude m’a même conduite à lire Marc Lévy (sans me passionner pour autant, mais en déchiffreuse ! ) ! Millenium est d’un exotisme fou, la Suède, la nuit, le froid, les comportements policés qui dissimulent de monstrueuses perversités, le destin incroyable de l’auteur, qui ne sera jamais « à succès », les personnages ciselés, tout passionne et tient en haleine. Je rejoins avec plaisir la guilde des noctambules de Millenium, qui se sont tenu éveillés jusqu’à l’aube, les yeux lourds fixés sur les dernières pages pour connaître la fin, sans parler des circularisations sans fin des différents tomes entre amis, famille, inconnus, heureux de faire partager leur plaisir.
Dans une charmante librairie de Megève, j’ai trouvé deux petits bijoux : Renaissance italienne d’Eric Laurrent et L’homme qui tombe de Don Delillo. Etonnant que, sans le savoir vraiment, les deux parlent d’amour qui meurt, qui renaît, ou qui s’égare, dans des mondes différents mais qui partagent la perte des valeurs et le déséquilibre.
Eric Laurrent, une bonne surprise quand on rêve de re-naissance. Un langage riche, écrit par un collectionneur de mots rares et précieux (il dit dans une interview, « je collectionne les mots comme d’autres les timbres », ou encore, « je suis l’anti-Beckett »), une finesse d’analyse des personnages, un coté décidemment La Rochefoucault. « Joyeux pessimiste », comme il se définit, toujours conscient des souffrances de l’amour, et qui toujours recommence le jeu. Sans doute l’un de ses quelques romans qui pratiquent le happy-ending, avec une très belle scène finale, pleine de sensualité et d’amour qui re-naît.
Chaos brutal pour Don Delillo avec un anti-héros qui échappe à la mort dans les tours du World Trade Center et, mu par un réflexe quasi animal, échoue chez sa femme et son fils, dont il s’est séparé un an auparavant. Retour à la vie qui n’est qu’apparent : l’homme n’est plus qu’une ombre et entretient une relation avec une femme, rescapée elle aussi, dont il a emporté la mallette en descendant les escaliers des tours en feu. Une méditation puissante sur le couple, sur un monde sans repères qui sombre et dont on ne voit pas l’issue. Le chaos du monde et des vies quelques années plus tard raisonne fort dans le récit de Don Delillo.
Au pied de mon lit : La femme de trente ans, lu avant les vacances mais relu par touches pour savourer encore et toujours la hiératique Julie. Pour moi, le roman le plus noir de Balzac, sans illusion sur l’homme et la femme, et le plus romanesque, avec cette fin quasi-homérienne, pleine de piraterie et de morts violentes. Le torchon brûle, de A. M. Homes et Dorothée Zumstei, un conseil de lecture de Nicolas Bartel : un couple de Wasp sombre dans la destruction. Une descente en vrille décapante sur un thème du genre : comment le masque social se disloque ou « la vérité est une tragédie ». Et enfin Ne pas toucher, toujours d’Eric Laurrent, sur le désir fou d’un homme pour une femme qui se refuse par respect des interdits, jusqu’à l’épuisement dans la mise à distance.
15:30 Publié dans Du beau, de l'étonnant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
