11 septembre 2008
Sang craché, rire des lèvres belles...
S'échapper en août, loin loin de la boue a été l'occasion d'une longue respiration dans les pages des livres.
Quelques lectures, oui, à vous faire partager, à l'écart du tapage de la rentrée littéraire, microcosmique et nombriliste comme de coutume, en France (ou devrais-je dire à Paris ?).
Je commencerai par Millemium de Stieg Larsson. Par principe, un livre qui passionne des milliers de lecteurs m’intéresse. Cette attitude m’a même conduite à lire Marc Lévy (sans me passionner pour autant, mais en déchiffreuse ! ) ! Millenium est d’un exotisme fou, la Suède, la nuit, le froid, les comportements policés qui dissimulent de monstrueuses perversités, le destin incroyable de l’auteur, qui ne sera jamais « à succès », les personnages ciselés, tout passionne et tient en haleine. Je rejoins avec plaisir la guilde des noctambules de Millenium, qui se sont tenu éveillés jusqu’à l’aube, les yeux lourds fixés sur les dernières pages pour connaître la fin, sans parler des circularisations sans fin des différents tomes entre amis, famille, inconnus, heureux de faire partager leur plaisir.
Dans une charmante librairie de Megève, j’ai trouvé deux petits bijoux : Renaissance italienne d’Eric Laurrent et L’homme qui tombe de Don Delillo. Etonnant que, sans le savoir vraiment, les deux parlent d’amour qui meurt, qui renaît, ou qui s’égare, dans des mondes différents mais qui partagent la perte des valeurs et le déséquilibre.
Eric Laurrent, une bonne surprise quand on rêve de re-naissance. Un langage riche, écrit par un collectionneur de mots rares et précieux (il dit dans une interview, « je collectionne les mots comme d’autres les timbres », ou encore, « je suis l’anti-Beckett »), une finesse d’analyse des personnages, un coté décidemment La Rochefoucault. « Joyeux pessimiste », comme il se définit, toujours conscient des souffrances de l’amour, et qui toujours recommence le jeu. Sans doute l’un de ses quelques romans qui pratiquent le happy-ending, avec une très belle scène finale, pleine de sensualité et d’amour qui re-naît.
Chaos brutal pour Don Delillo avec un anti-héros qui échappe à la mort dans les tours du World Trade Center et, mu par un réflexe quasi animal, échoue chez sa femme et son fils, dont il s’est séparé un an auparavant. Retour à la vie qui n’est qu’apparent : l’homme n’est plus qu’une ombre et entretient une relation avec une femme, rescapée elle aussi, dont il a emporté la mallette en descendant les escaliers des tours en feu. Une méditation puissante sur le couple, sur un monde sans repères qui sombre et dont on ne voit pas l’issue. Le chaos du monde et des vies quelques années plus tard raisonne fort dans le récit de Don Delillo.
Au pied de mon lit : La femme de trente ans, lu avant les vacances mais relu par touches pour savourer encore et toujours la hiératique Julie. Pour moi, le roman le plus noir de Balzac, sans illusion sur l’homme et la femme, et le plus romanesque, avec cette fin quasi-homérienne, pleine de piraterie et de morts violentes. Le torchon brûle, de A. M. Homes et Dorothée Zumstei, un conseil de lecture de Nicolas Bartel : un couple de Wasp sombre dans la destruction. Une descente en vrille décapante sur un thème du genre : comment le masque social se disloque ou « la vérité est une tragédie ». Et enfin Ne pas toucher, toujours d’Eric Laurrent, sur le désir fou d’un homme pour une femme qui se refuse par respect des interdits, jusqu’à l’épuisement dans la mise à distance.
15:30 Publié dans Du beau, de l'étonnant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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