30 mai 2008

Obama, deux ou trois choses que je sais de lui

Barack Obama, c'est d'abord le magistère du verbe.

2eb2c1277f8500aad3921b9b1e97d728.jpgObama est un orateur hors pair. Il a fait son entrée dans la « grande politique », le 27 juillet 2004 à l’occasion d’un discours qu’il prononce à la convention démocrate. Avec ce discours, baptisé The Audacity of Hope (l’audace de l’espoir), du nom d’un sermon entendu adolescent au temple, il enflamme les démocrates :
• Il fait l’apologie du rêve américain. Il utilise les ressorts du storytelling pour raconter la vie de son père au Kenya, qui gardait les chèvres, vivait dans une case faite de bouse séchée et a obtenu une bourse pour aller étudier aux Etats-Unis.
• Il appelle à l’unité des Américains. Cette unité pour lui est liée à son histoire (sa mère blanche irlandaise, son père kenyan, son enfance entre Hawaï, l’Indonésie et l’Amérique) mais plus largement à la solidarité de la « famille américaine » qui ne doit pas abandonner ses enfants.
Ce discours a été repris et commenté dans tous les medias américains, y compris républicains. Certains ont eu des qualificatifs délirants : « fascinant, phénoménal ». Il est ainsi devenu célèbre et a commencé à se faire connaître outre-atlantique. Ce discours circule aujourd’hui sur le Net comme jamais.

Ces deux convictions très fortes portent sa campagne. Pour recevoir des SMS de sa campagne, il faut envoyer le mot HOPE. L’unité du peuple américain est un autre leitmotiv de sa campagne. Aussi scande-t-il souvent together dans ses discours comme une litanie.
Sa capacité à magnétiser les auditoires est très grande. Ces discours, écrits par lui-même, sont des morceaux de rhétorique dans lesquels il met un souffle personnel fort. Il pratique l’emphase, la répétition, il chanterait presque. Il y a quelque chose du Gospel dans ses phrases. Jusqu’à 20.000 personnes font la queue pendant des heures pour l’entendre parler. Une véritable « Obamania » s’est emparé de l’Amérique. Des chansons et des clips sur lui circulent sur le Net. Le fils de Bob Dylan a même créé un album sur lui.

Il manie les symboles avec beaucoup d’intelligence. Ainsi il déclare sa candidature à Springfield, sur la tombe de Lincoln, le Président qui a aboli l’esclavage. Il véhicule une image de proximité, de simplicité, d’écoute. Par son histoire, mais aussi par ses gestes. Ainsi quand il se rend pour la première fois au Kenya, lui et sa femme se font faire un test du Sida dans un dispensaire. Il use et abuse des SMS pour communiquer avec ses électeurs.

Barack Obama est souvent vu comme « faible » sur les relations internationales, même si dès son élection au Sénat, il a énormément voyagé en prenant la vice-présidence de la commission des Affaires étrangères. Mais il a des origines musulmanes (son vrai prénom est Barack Hussein) et il s’est prononcé pour le retrait progressif des troupes d’Irak. Pour beaucoup d’Américains, c’est suffisant pour ne jamais lui confier les clés de la première puissance mondiale. Steve King, un parlementaire républicain, a estimé que si Obama était élu à la présidence des Etats-Unis « Al-Qaeda, les islamistes radicaux et leurs supporteurs vont danser dans les rues en nombre plus important que le 11 Septembre, car ils revendiqueront la victoire dans la guerre menée contre le terrorisme »
Obama parie lui sur un tournant social et idéologique profond : les Américains n’ont plus envie de régner par la terreur sur le monde.

Face à lui, John McCain, le martyr

6687e7c63e1aba522e36487206bf29e1.jpgJohn McCain, c’est Coriolan dans Shakespeare montrant ses plaies à la foule pour se faire élire. Héros de la guerre du Vietnam, qui le laissa très grièvement blessé puis emprisonné et torturé dans les geôles vietnamiennes, il ne peut pas lever ses bras plus hauts que son cou et sa femme doit le coiffer. Son leitmotiv : « Les candidats sont jugés sur leur personne et toutes les expériences de leur vie ». Piètre orateur, il offre quasiment son corps à la nation américaine. Et dans cette Amérique qui doute, cette stratégie se révèle forte de symboles et de sens.
Sa force, c’est sa faiblesse au sein du camp conservateur. Il est plutôt vu comme un centriste. Il a des positions classiques sur l’avortement, les armes à feu ou la guerre en Irak, mais il tranche sur la torture. Il s’est aussi abstenu dans un vote pour interdire le mariage homosexuel.

John McCain parle au cœur des américains, rassure, incarne une figure paternelle, là où Obama joue plutôt la carte du frère, du buddy (pote). John McCain promet une Présidence plus en retrait, laissant à nouveau la main au pouvoir des Etats et donc au Congrès. L’histoire des cycles politiques américains est jalonnée de ces périodes d’alternance entre Présidence fédérale forte et faible. Le moment est peut être venu d’une Présidence moins impériale.

14 mai 2008

Amour, Rauschenberg, Russel Banks...

Life is complicated...et parfois le besoin de se ressourcer est pressant. Certains relisent Desproges, d'autres se gavent d'art et de littérature.
J'ai eu envie de vous faire partager mes quelques coups de coeur de ces dernières semaines:
e9135565b51dd73b41a5d16fac3cb20a.jpg- Robert Rauschenberg est mort hier soir en Floride...je me souviens de mes premières émotions devant ses "Combines" en Allemagne, où il a été beaucoup collectionné, j'étais adolescente, il me parlait de violence. Plus tard, je le retrouve aux Etats-Unis et c'est toujours le même étonnement.
b4184649e96f2c53eaf122c53310d788.jpg- Russel Banks connait un succès sans précédent en Europe pour ses deux derniers livres American Darling et La réserve. Des deux sans aucun doute, American Darling a ma préférence. La Réserve séduira un public plus large, qui n'y lira peut-être qu'une histoire d'amour compliquée, entre deux personnages fêlés. Il faut aussi y voir la cruauté du portrait d'une Amérique qui exerce la haine et la fascination, d'une société de privilèges et d'inégalités. Quelques scènes sont de toute beauté, lisez le survol du lac et les échanges des amants dans les bois le soir qui tombe.
Mais American Darling vous renvoie à la figure une violence brute, celle d'une femme qui va de ruptures en ruptures, portrait de toutes les femmes en une: épouse résignée, mère sans attachement, femme qui se fuit croyant gagner enfin sa liberté.
Je m'attarde sur sa relation maternelle, ses deux fils africains devenus coupeurs de têtes...au fond n'engendrons nous pas des monstres que nous tentons de civiliser sans gratitude ? Et Banks de briser allègrement le tabou du désintérêt maternel, comme une caricature, comme une vérité parfois.

J'attends le prochain William Boyd et mon Jim Harrisson. En France, rien ne m'intéresse, entre les Gavalda et les Musso...planplans, nombrilistes...et je ne parle pas de ce hérisson à la crème. Régulièrement, je me force...mais il manque un souffle, une fêlure. C'est bien le miroir d'une France repliée. (Mais restons sur la littérature !)

Et l'amour dans tout çà ? J'ai retrouvé dans Goethe une citation qui me trotte dans la tête: "Je n'ai tant de chances que parce que tu m'aimes"...alors laissons-nous aimer.