10 mars 2008

La torture et les Etats-Unis

22003f7e3cedccf1041635669234b641.jpgLa décision de Georges Bush d’opposer son veto à une loi adoptée par le Congrès visant à interdire la pratique du waterboarding dans les interrogatoires des « combattants illégaux » (les terroristes) me fait réagir fortement. Cette torture de la baignoire, consistant à simuler une noyade pour obtenir des renseignements nous renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire mondiale.
Cette décision a soulevé une vague de protestation. Nancy Pelosi, la Présidente de la Chambre des Représentants a exprimé le danger que court le personnel militaire et civil à se voir tacitement autoriser le recours à de telles pratiques. Ted Kennedy a estimé qu’il s’agissait de l’un des actes les plus honteux de cette Présidence. L’ONG Human Watch Rights a déclaré que le Président Bush resterait « le Président de la torture ».
Prendre une telle décision en pleine campagne électorale américaine n’est pas anodin. C’est d’abord le signe que l’Amérique est bien en guerre contre l’axe du mal. Elle maintient ainsi sa loi du Talion revisitée : les terroristes, « combattants illégaux », ne se soumettant pas aux lois classiques de la guerre, sans parler des conventions de Genève, il n’y a pas de raison que ceux qui les combattent en fasse de même.
Cette loi du scorpion est indigne d’une démocratie. Elle constitue une régression terrible.
L’argument moral est renforcé par le fait que ces techniques sont inefficaces. Lors d’une bref passage à la Crim’, j’avais eu l’occasion de comprendre que les interrogatoires avec les terroristes effectués par la Section anti-terrorisme obéissent à des paramètres très différents que ceux employés avec les délinquants classiques. Ce sont des hommes entraînés, dans des conditions très dures. Ils sont mentalement très forts, pour certains fanatisés. La mort ne leur fait pas peur puisque leur combat est idéologique. A l’inverse même, leur mort en détention fera d’eux des martyrs et l’admiration de leurs proches. Enfin que dire de la haine que ces pratiques attisent.
Je me souviens de ce jeune égyptien de L’immeuble Yacoubian qui, emprisonné à la suite d’ une manifestation étudiante, subit des tortures sexuelles, part en Afghanistan dans un camp d’entraînement, bascule dans le terrorisme et meurt quelques mois plus tard dans une tuerie qu’il a déclenchée. C’est le sentiment d’immense gâchis qui prédomine à la vision des scènes les plus difficiles du film.
C’est notre humanité profonde qui est en jeu dans ce geste du Président Bush. Comme le dit l’ancien espion Vladimir Volkoff : « La torture, c’est la destruction de l’homme à l’état pur » Trois personnes sont détruites dans un acte de torture : celui qui est torturé, celui qui torture et à travers eux, la condition humaine.
Le seul espoir, ce sont les trois candidats à la maison Blanche. Aucun n’est favorable à l’emploi de méthodes contraires au droit international, surtout pas John McCain qui a passé 6 ans dans les geôles vietnamiennes. Ce sera peut-être le début d’un renversement de la vapeur dans le choc des civilisations q’un tel geste entretient à coup sûr.