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17 novembre 2007
Facebook est-il de droite ?
Le récent engouement pour Facebook est le dernier avatar du web 2.0, à ceci près que Facebook (FB pour les intimes) remet en cause la pseudo-démocratie numérique.
Internet est toujours présenté comme l'acmé de la démocratie, une sorte d'agora débarrassé des intermédiaires et des apparatchiks, des combinazione de la politique classique.
Certes certains blogueurs émergent et pèsent sur le débat public. Mais penchons-nous un peu sur Facebook...réseaux d'étudiants américains devenu depuis un réseau mondial ouvert à tous, Facebook conserve encore une image élitiste et de droite, que les groupes d'intérêts créés entretiennent facilement. Un petit côté "jeunesse dorée" que renforcent les réseaux à l'origine de Facebook, Harvard, McGIll, Oxford puis en France Sciences-po ou HEC.
Et en cette semaine de mouvements sociaux, d'ampleur, à l'heure du grand rendez-vous du gouvernement et de Nicolas Sarkozy avec les promesses de la campagne, les groupes de soutien au gouvernement sont légions. Certains comptent plus de 15000 membres et le mouvement qui se poursuit devrait amplifier le phénomène.
En revanche les groupes de soutien aux grévistes sot beaucoup moins nombreux et suscitent moins d'adhésions.
Ainsi le groupe "pour la grève" compte 240 membres contre plus de 12.000 pour "soutenons le gouvernement face aux grèves"...les groupes de refus des blocages des facs sont très représentés, rien d'étonnant pour un réseau dont la moyenne d'âge se situe autour de 25 ans.
Un réseau qui tranche avec la blogosphère. On constate l'attentisme de certains blogueurs : Loic Lemeur ne parle plus de politique, le dernier post de Christophe Barbier a dix jours. Etonnant. La contestation pro-grèves, elle, va bon train: les posts radicaux ou d'extrême gauche se sont multipliés et les forums sont très actifs, notammetn ceux appelant à la mobilisation étudiante. On verra si l'activisme numérique des organisateurs et sympathisants de la manifestation de dimanche auraient récolté les fruits.
Le signe d'un regain démocratique sur le Net ?
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17:55 Publié dans Changer | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 novembre 2007
Reprise de plume
Pardon pour ces longues semaines d'absence, mais il me fallait réfléchir à une nouvelle formule, car je suis moins libre de mes propos qu'auparavant...
Comme le dit Marx (on aura tout vu!) "Le domaine de la liberté commence là où s'arrête le travail déterminé par la nécessité"
A bientôt pour de nouvelles chroniques...qui ne manqueront pas de vous surprendre, je l'espère !
13:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
S'aimer est impossible ?
Camille Laurens signe avec Ni toi, ni moi un livre poignant et prenant sur une rupture, sa rupture. Mais ce qu'elle raconte n'est pas le fil cassé, la fin, mais le commencement de l'amour. C'est la relation qui EST rupture. Ce constat terrible, l'auteur le fait à l'issue d'une enquête. Une enquête sur la disparition de l'amour.
Utilisant un nouveau genre, le roman cyber-epistolaire -un échange de mails entre l'auteur et un cinéaste qui souhaite adapter le récit de cette rupture- Camille Laurens quitte la jubilation et l'amour des hommes auxquels elle nous avait habitués dans Dans ces bras-là et L'amour, roman.
Pas de jeux sensuels, pas de chasse halletante et triomphante vers l'homme désiré, pas de joie ni d'extase dans cette relation, mais une ligne brisée, terrible de lucidité, magnifiant l'impossibilité pour un homme et une femme de s'aimer.
Bien plus qu'une simple catharsis nécessairement contingente et difficile à partager (comme ce fut le cas pour Philippe, qui était bien plus que le simple récit autobiographique de la mort de son enfant), ce sont tous les amours qui se regardent mourir dans cette histoire.
Et elle est brisée notre héroïne, elle n'existe plus, parce que ne plus être aimée, c'est ne plus exister. "Ce qu'il lui reproche, c'est d'être. Son existence le blesse".
Le roman est placé sous la figure de Benjamin Constant et de son Adolphe, icône de l'impossible aimant, celui qui ne veut pas, qui ne peut pas, qui ne sait pas aimer, comme un enfant qui gâche le cadeau qu'il reçoit jusqu'à le détruire.
Pour comprendre, elle ne déroule pas à l'envers le film, comme on pourrait le croire. Non, elle sait que les deux scènes, le premier regard, le dernier moment ensemble, ne font qu'une. C'est ce qui fait la force du roman: ce jeu de miroirs, Adolphe, lui, elle, leur amour. Elle cherche les angles morts, là où la vérité se cache. Pas d'enchaînements de causalités, non, une potion, un bouillonnement d'où émerge la lucidité.
On finit par trouver le coupable, la coupable, mais il manque l'héroïne à l'appel, péché d'orgueil, ou ultime sursaut pour se sauver et se savoir exister malgré tout ?
Malgré le ton particulier que donne la retranscription de mails, le style de Camille Laurens est toujours aussi ciselé; mon exemplaire est travaillé de ces pages que l'on corne parce qu'elles collent si bien avec ses propres sensations ! C'est bon signe.
Camille Laurens a le don pour illuminer les zones les plus troubles de cette alchimie, en entomologiste de l'amour, mais en une entomologie poétique, qui, malgré une fin sans espoir immédiat (on aurait aimé une libération, une respiration, une envie de recommencer) nous laisse plus forts de cette lucidité.
"Il y a beaucoup beaucoup d'hommes qui n'aiment pas les femmes, mais peut-être faut-il être une femme pour le savoir. La plupart l'ignorent parce que leur réticence prend une forme aimable et aimante, leur haine a les traits de l'adoration. Ils les adulents de loin en crevant de peur qu'elles s'approchent. On les présente souvent comme recherchant la compagnie des femmes, soit pour leur présence charnelle et leur beauté, soit pour leur conversation, le charme de leur esprit ou les deux. On les dit plus intéressés par le sexe, plus concrets que les femmes, moins rêveurs. En réalité, beaucoup s'ingénient à éloigner d'eux les femmes, à les mettre à distance, quitte à chanter leurs louanges pour les enbaumer dans des phrases. Ce que veulent beaucoup d'hommes, sans le savoir ou sans se l'avouer, c'est faire disparaître les femmes. (...) Ils aiment les femmes absentes, silencieuses, merveilleuses, effacées, disparues, mortes. Ils n'aiment que de loin. Tout se fait au nom de l'amour, dont la stratégie se résume à cette question: comment volatiliser la femme que j'aime, pour pouvoir l'aimer ? " p.199, POL éditeur, 2006
12:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note