05 janvier 2007

Le grand jeu de dupes économiques de la campagne présidentielle

medium_TheLordoftheRingards.jpgCe thème vous rebute en ce morose début d'année teinté de rhumes et de blues de lendemain de fêtes ?
Pourtant, la campagne repart de plus belle, avec l'investiture du candidat de l'UMP et les voeux navrants de Chirac sur le « droit au logement », fruit d'une fin de règne consensuelle et sans envergure ni projets et dernier avatar d'un Président de gauche qui ne dit pas son nom. Pendant qu'il redécouvre les droits créances (droits « à », comme le droit au logement, le droit au travail, le droit au bonheur etc), qui dissolvent les responsabilités des citoyens postés dans une attitude quémandeuse et revendicatrice, les candidats de gauche sont dans la surenchère. La sécurité s'est moins invitée qu'à la précédente campagne (mais elle est bien présente dans les préoccupations et dans les prévisions de votes extrêmes) et c'est l'emploi et le pouvoir d'achat qui cristallisent les projets politiques.

Nous passerons sur les propositions d'un autre âge de l'extrême gauche, enfermée dans un classisme destructeur et contre-productif, y compris pour les plus faibles qu'ils prétendent incarner.

Du côté du PS, on est, comme d'habitude, dans les chèques en blanc. François Hollande propose dans une fracassante interview au Monde en décembre 2006, un hallucinant retour en arrière qui se traduirait notamment par la remise en cause de toutes les baisses d'impôts, qui selon lui, « profitent aux riches »: on apprécie la rhétorique proto-marxiste complètement à rebours. Il propose en outre de renationaliser certaines entreprises (dont la capitalisation boursière pèserait plusieurs milliards d'euros), ce qui nous placerait dans le peloton de queue européen de la modernisation économique. L'ISF est bien entendu en ligne de mire avec la suppression du bouclier fiscal. Bouclier qui n'empêche pas les contribuables fortement taxés d'émigrer en Suisse...gageons que le mouvement s'amplifiera !
Enfin il met en place une batterie de taxations supplémentaires pour « dégager des marges de manoeuvre ». Traduisez: boucher les voies d'eau chroniques de l'assurance maladie, de l'assurance chômage et des retraites.

Quant à sa vision dynamique des leviers d'action de l'Etat pour augmenter le pouvoir d'achat, elle se résume en un mot: « la croissance », ce mot magique, sortie dont on ne sait où comme une manne providentielle tombée du ciel. Navrant.
Les questions que l'on est en droit de se poser, c'est: "y a-t-il encore des économistes au PS" ? Et plus précisément, Dominique Strauss-Kahn est-il à ce point dans le dédoublement de personnalité qu'il n'applique pas à sa famille politique ce qu'il enseigne à ses étudiants ? Deuxième question: si d'aventure tout cela n'était qu'un habillage cosmétique et électoral et qu'au fond, tout le monde sait bien que le keynésianisme est mort et que l'emploi et la productivité dépendent de l'accumulation de capital et de l'investissement, les socialistes continueront-ils à berner les électeurs comme ils l'ont fait depuis 25 ans ?
On pourrait objecter que ce n'est que du débat d'idées, de la confrontation de théories économiques et qu'elles se valent toutes.
Sauf qu'il y a des lois irréfragables de l'économie, que les socialistes et certains hommes de droite s'emploient à ignorer en ayant recours massivement à la dette sans réformer.
Sauf que l'on est une économie ouverte, intégrée dans une zone monétaire et soumise à une très forte concurrence internationale sur les prix, les produits et de plus en plus les compétences.
Sauf qu'il y a une forte attente: gagner plus, libérer l'emploi, s'insérer dans la compétition mondiale. Et ce n'est pas Ségolène Royal avec ses propositions pleines de pathos dignes d'un plan quinquennal soviétique, qui va libérer les énergies, l'emploi et cette fameuse « croissance ».

Ce que dit Ségolène Royal
Alors que...

« La croissance suivra ! »
Le taux de croissance depuis 25 ans n'a pas dépassé 3%
« C'est la question globale du pouvoir d'achat qu'il faut régler avec un signal fort sur le Smic »
Le pouvoir d'achat ne progresse que si l'on crée des richesses
« Nous sommes en train de prouver que l'on peut réduire significativement le chômage structurel »
La décrue du chômage est liée au papy-boom
« Il faut taxer les entreprises qui délocalisent et taxer les produits lorsqu'elles les réimportent »
C'est notre manque de compétitivité qui nous rend fragiles
« Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants élus »
Sortir de la zone euro ne ferait que nous appauvrir
« Il faut créer un revenu universel »
L'assistanat s'auto entretient dans une économie rigide et endettée
Source: Enjeux Les Echos, janvier 2007

Commentaires

Merci pour cette analyse pertinente. C'est vrai que les propositions du PS font froid dans le dos, surtout la renationalisation de certaines entreprises. J'ajouterais que les positions du Ségolène sur le nucléaire sont également inquiétantes.

Restons mobilisés !

Ecrit par : stéphane | 01 février 2007

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