20 novembre 2009

Pour une éducation non violente

Vendredi 20 novembre, journée mondiale des enfants. Des 192 membres des Nations Unies, seuls 19 ont jusqu'à présent interdit le châtiment corporel des enfants L’occasion de développer quelques idées sur la violence éducative.

Le récent débat sur la fessée, qui revient régulièrement, n’a pas provoqué de discussions de grande qualité. On a oscillé entre ricanements imbéciles, poncifs et animateurs qui s’improvisaient psy de bazar. Pas de quoi changer la face de nos méthodes éducatives, hélas.

Les meilleures lectures et pratiques sur le sujet viennent des pays anglo-saxons, beaucoup plus en avance que les pays latins, dont la France, sur le sujet.

Je voudrais d’abord dire que « l’enfant, avant d’avoir besoin d’autorité, a surtout besoin d’humanité » (Catherine Dumonteil-Kremer). Cette réflexion n’a rien d’angélique. Les parents qui pratiquent l’éducation non violente ont une approche très réfléchie et construite de l’éducation : tout le contraire de l’enfant roi et du laisser aller. Ils ont une vision à long terme, et voient d’abord en leur enfant non pas une chose qu’ils veulent dresser et modeler à leur main, mais un homme ou une femme et un citoyen en devenir, qu’ils souhaitent comme prenant pleinement sa place dans la société. Ce sont des parents qui se sentent responsables, au travers de leurs enfants, du monde de demain.

La violence éducative n’englobe pas seulement les violences physiques. C’est l’ensemble des modes d’éducation qui humilient, blessent, rabaissent l’enfant. Cela va des paroles dégradantes : « tu es nul, tu n’y arriveras pas, X est meilleur que toi », aux punitions traumatisantes (placard noir, privation de nourriture…)à l’imposition d’activités ou d’actes qu’ils refusent : devenir un crac de sport, en musique, en anglais… forcer à être propre à deux ans, contraindre à savoir lire avant Noël, laisser pleurer un bébé etc.

Cette violence est le plus souvent la reproduction de la propre éducation des parents. Ils n’ont rien connu d’autre que ces méthodes et les réutilisent sur leurs enfants en pensant bien faire. Pire peut-être, ils les rejettent en bloc et appliquent une « non méthode », faite de laisser aller et d’absence de repères, qui est probablement aussi destructive que la violence.

Alice Miller, psychologue américaine renommée, montre dans ses ouvrages comment la violence éducative est responsable de la violence du monde en général. Elle prend l’exemple des dictateurs de l’histoire, qui ont tous été victimes de violences dans leur enfance. Elle démontre l’aberration de la violence éducative, qui délivre des messages contradictoires. Ainsi frapper son enfant, puis lui expliquer qu’il doit être respectueux de ses pairs. Lui demander de « se défendre » dans la cour tout en le rabaissant et en lui envoyant ainsi le message que « le fort a toujours raison sur le faible. ». Lui demander de respecter l’autorité tout en lui démontrant que celle-ci ne le respecte pas et s’exerce seulement dans la contrainte. Porter atteinte à son corps, à son intégrité physique et mentale et lui demander ensuite de respecter les femmes, son propre corps, les autres etc.

Devenir parents non violents n’est pas un chemin facile. Cela suppose du temps, de la patience, un vrai travail sur soi. Mais c’est aussi une occasion formidable de progresser, au travers de ses enfants, dans ses relations avec les autres et dans son rapport au monde.

 Au-delà des encadrements pénaux, et d’une culpabilisation stérile, les parents devraient être aidés dans cette démarche de déconstruction de leurs schémas éducatifs, trouver auprès de professionnels des repères, des idées, des techniques, pour faire grandir leurs enfants dans le respect.

Pour aller plus loin :

  • Un petit livre qui se lit vite : Parents efficaces : une autre écoute de l'enfant de Thomas Gordon
  • Eduquer son enfant autrement – pour un nouveau parentage de Catherine Dumonteil-Kremer
  • Pour approfondir les méthodes de communication non violente, à mettre en œuvre aussi au travail : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente de Marshall-B Rosenberg et alii

-        

28 octobre 2009

Histoires de femmes

Comme promis, quelques coups de cœur littéraires pour cette rentrée.

Après avoir lu plusieurs romans des "Oeuvres complètes" de Russel Banks, plongeon brutal et noir dans l'Amérique du Grand Nord (lisez "Afflictions", un livre envoûtant), les Français, que j’honnis tant en temps normal, m'ont donné à lire quelques petites merveilles.

martin_winckler.jpgLe dernier Martin Winckler, « Le chœur des femmes » chez P.O.L. est probablement le meilleur roman féministe contemporain que j’ai pu lire. Explorant ses thèmes favoris, la relation soignant-soigné, les femmes, la fécondité, la sexualité, il décrit le chemin d’une jeune interne en gynécologie brutale, ambitieuse et arrogante qui est envoyée en stage dans un service dirigé par un drôle de médecin qui, sacrilège, écoute les femmes, tient compte de leur ressenti et les respecte. L’occasion pour Martin Winckler de distiller ses convictions sur la contraception, le respect du corps féminin dans la pratique médicale, les enjeux de pouvoir du corps médical, l’influence des grands laboratoires, mais aussi de nous faire découvrir le monde méconnu de l’intersexualité. Avec à la clé, une énigme prenante qui se noue sur le personnage central. 500 pages que j’ai dévorées en quelques jours, tant les thèmes que j’affectionne y sont brillamment développés, souvent avec poésie, et sans militantisme.

2_lge_nancy_070921045758291_wideweb__300x300.jpgTout aussi militante, dans la veine « gender studies », et résolument post-féministe, Nancy Huston mène dans « Journal de la création » chez Actes Sud, le journal de sa grossesse, épisode de sa vie de femme qui fait résonner en elle des grands thèmes de la littérature et plus précisément les couples, comme Zelda et Scott Fitzgerald, George Sand et Alfred de Musset, Elizabeth Barrett et Robert Browning, Virginia Woolf et Leonard Woolf, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, mais aussi Georges Bataille, Sylvia Plath…. Ancienne du MLF, élève de Roland Barthes, elle s’interroge sur le néo-féminisme et sur la notion « d’écriture féminine ». Je regrette un livre un peu désincarné, très « intelligent », mais sensible et passionnant malgré tout. M’a donné envie de relire Eliette Abécassis, qui a brisé avec brio le tabou de la maternité heureuse et exploré le thème du corps et de l’esprit chez la femme.

La_verite_sur_Marie.jpgBeaucoup plus poétique, un amoureux des mots, Jean-Philippe Toussaint nous fait vivre dans « La vérité sur Marie », aux Editions de Minuit, une nuit extraordinaire, qui met en scène son amour de toujours Marie (qu’il qu’il fuit, quitte, retrouve, quitte encore, dans « Fuir », dans « Faire l’amour »), un pur sang échappé sur un tarmac, la scène est inoubliable. Il y a quelque chose d’antique dans ce roman, le feu, les éléments, le mouvement de la terre, une femme ensorcelante, l’amour, la séparation. « L'orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort. Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. »

bergman.jpgEnfin, un film à voir ou à revoir : « Les fraises sauvages » d’Ingmar Bergman, sorti en 1957, méditation poétique sur l’enfance, un film proustien, magnifique.

(Concernant les derniers mauvais livres, vous avez l’embarras du choix : Beigbeder, Delerm, Nothomb, Kennedy, Assouline…mais c’est comme les mauvaises tables, ce n’est pas la peine d’en parler !)

08 octobre 2009

Contrefaçon de médicaments - le tabou

A lire dans Globalix, mon article sur le contrefaçon de médicaments

http://www.globalix.fr/content/contrefacon-de-medicaments...