09 juillet 2008
Il n'y a pas d'amour heureux
Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux
Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de ce lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désarmés incertains
Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous deux
Copyright: Louis Aragon / Georges Brassens
13:40 Publié dans Changer | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26 juin 2008
Fabienne sur la littérature française
Un commentaire sur mes reflexions dans ce billet:
http://bleuzenn.blogspirit.com/archive/2008/05/14/amour-rauschenberg-russel-banks.html
Moins que les écrivains français, ce sont les éditeurs qu'il faut blâmer et - parce que ces derniers les suivent - les lecteurs aussi. Le nombrilisme pépère et faussement distancié fait recette, voilà tout.
Marie N'diaye, Jacques Chessex, ou le tout récemment décédé Cossery n'ont rien à envier aux auteurs étrangers. Dans des registres totalement différents, ils mènent des oeuvres exigeantes et nous offrent ce que Bill Gates nous a soustrait: la lente rumination d'une langue subtile, intelligente , incroyablement implicite et que j'aime. Et puis les Gailly, Echenoz, Laurens, Le Clézio, on a encore un p. de plaisir à les attendre non?
10:34 Publié dans Du beau, de l'étonnant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 juin 2008
Sarkozy au volant de l'Europe
Je vous conseille chaudement la lecture de l'excellent article de Justin Vaisse sur la Présidence française de l'Union européenne.
Je retiens surtout la comparaison avec la météo: composer avec des éléments qu'on ne maîtrise pas. Notre volontariste et hyperactif Président y parviendra-t-il ?

Sarkozy au volant de l'Europe : ce qu'il faut attendre de la présidence française de l'Union européenne - juillet-décembre 2008 (1ère partie)
Auteur : Justin Vaïsse : Chercheur, Center on the US and Europe, The Brookings Institution
À quelques semaines du début de la présidence française de l'Union européenne, Justin Vaïsse propose un tour d'horizon du contexte politique, des priorités et des perspectives de réussite de cette présidence. Cette semaine, dans un premier texte, il explique ce que recouvre cette fonction qui est d'abord logistique – l'organisation, en six mois, de milliers de rencontres, sommets et négociations entre les 27 États membres – et consiste à faire progresser un agenda européen largement prédéterminé, en tentant d'accorder au mieux l'intérêt national et l'intérêt général européen. Si le contexte international présente de nombreux défis, les relations entre la France et ses principaux partenaires apparaissent bonnes, ou se sont récemment améliorées, dans le cas de l'Allemagne. Le contexte institutionnel, en revanche, est plus confus : la France devra, à la fois, s'assurer de ne pas gêner le processus de ratification du traité de Lisbonne par tous les États membres et faire avancer les négociations concernant sa mise en œuvre pour 2009.
L'expression "présidence française de l'Union européenne" ne doit pas faire illusion : la fonction est moins grandiose qu'elle n'y paraît. Disséquant, dans un livre devenu un classique, la présidence américaine, Richard Neustadt la définissait comme un simple "pouvoir de persuasion" des autres branches du gouvernement afin de réaliser des réformes : c'est une bonne comparaison qui pourrait être faite avec la présidence de l'Union. Pour illustrer son propos, Neustadt citait le président américain Harry Truman sur les défis auxquels son successeur élu, le Général Eisenhower, serait bientôt confronté : "Il s'assiéra là et dira "Faites ceci ! Faites cela !". Et il ne se passera rien. Pauvre Ike. Ça ne sera pas du tout comme dans l'armée. Il trouvera cela très frustrant"
De manière similaire, et même sans expérience du milieu militaire, Nicolas Sarkozy expérimentera bientôt, pour la première fois, les limites et frustrations de la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, tâche consistant essentiellement à organiser et à présider, pendant six mois, quelque 4 000 rencontres et sommets des 27 États membres et à tenter inlassablement de les persuader d'adopter des positions communes audacieuses sur des questions très sensibles. De fait, le pays assumant la présidence, loin d'être en position de dicter son propre agenda politique, est souvent contraint de faire des sacrifices pour obtenir l'unité européenne, et pour accomplir sa tâche de président. Des métaphores plus exactes pour ce rôle pourraient être la migration des papillons monarques – chaque génération transmettant la flamme de la longue route européenne à la suivante avant de s'effacer – ou, sur une note plus optimiste, l'agriculture : le pays présidant l'Union européenne "récolte ce que d'autres ont semé et sèment ce que d'autres récolteront" [3], comme l'a suggéré le député européen Alain Lamassoure.
En outre, comme c'est le cas du patient agriculteur à l'égard des conditions climatiques, le succès d'une présidence donnée de l'Union européenne dépend largement de facteurs qu'elle ne contrôle pas. Tout d'abord, l'Union a son propre rythme politique, et une présidence doit s'accommoder au mieux d'un agenda largement prédéfini. En d'autres termes, elle n'a que peu de latitude pour choisir ses thèmes de prédilection. En 2000 par exemple, la précédente présidence française de l'Union européenne avait dû gérer l'étape finale d'un processus de réforme institutionnelle complexe et douloureux relatif aux futurs élargissements et parvenir à un traité. L'aboutissement avait été le traité de Nice, considéré comme un "demi-succès" [4].
Suite de l'article sur le site de fondation Schuman.
18:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note