22 janvier 2010

Un bébé développement durable

Dès le berceau, il est possible de devenir consomm’acteur ! Mais comment naviguer entre concepts marketing, boboïsme sans consistance, injonctions diverses et variées ?

Je voudrais d’abord préciser qu’en bonne libérale, je n’aime pas les diktats : vous ne subirez aucune opprobre de ma part, si vous n’allaitez pas, que vous utilisez des produits pleins de parabens et des couches jetables ! Fruit de ma réflexion de mère et engagée dans le développement durable, voici juste quelques pistes pour éclairer.

Avoir un « bébé DD », c’est créer et organiser un environnement non toxique, non polluant et le plus décarboné possible

Cet environnement commence dans le ventre. Un bébé qui naît n’est pas exempt de polluants ou de substances toxiques, hélas, puisqu’il a consommé ceux que sa mère lui a inoculés durant sa grossesse. Inutile de rappeler les dangers du tabac et de l’alcool sur les fœtus. Mais autant commencer par là. Autant le fond de verre de champagne avalé pour votre anniversaire n’aura pas de conséquence, autant la consommation répétée d’alcool est particulièrement morbide. Le tabac doit être lui sans écart aucun.

Mais quid des autres substances, plus méconnues ? Je ne parlerai pas du plomb et de l’amiante, dont les effets sont bien connus et néanmoins difficiles à éliminer de l’environnement. Si vous y êtes exposées dans votre lieu professionnel, informez votre CE ou votre médecin du travail pour connaître les mesures à prendre. Pour les autres substances, elles sont présentes dans les produits d’entretien, les produits de bricolage et de peinture, les cosmétiques et certains produits alimentaires raffinés. Ainsi sur le marché, près d’une quarantaine d’éthers de glycol possèdent des caractéristiques mais surtout des propriétés toxicologiques qui affectent la fertilité, la vie in utéro et augmentant le risque de malformations et de fausses couches. Depuis 1997 de nombreuses dispositions réglementaires françaises et européennes ont été prises pour limiter l’usage de ces substances. Regardez bien les compositions des produits. Préférez les produits écologiques, vendus désormais en grandes surfaces.

Il en est de même pour certaines plastiques. Le polychlorure de vinyle (PVC) est particulièrement inquiétant, car le DEHP utilisé dans sa fabrication affecte la reproduction, le développement sexuel et celui du système immunitaire chez les animaux. Toute substance plastique est susceptible de contenir des phtalates. En effet, ils sont couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques (en particulier du PVC, pour former par exemple des plastisols) pour les rendre souples. Pour plus d’infos, allez voir l’article sur Wikipédia . Privilégiez les matières naturelles dans votre environnement : matelas, peinture murale, vêtements, objets en contact alimentaire.

Ajoutez à cela que, globalement, le bilan carbone des plastiques est désastreux : ce sont des dérivés du pétrole.

Au niveau de l’alimentation, privilégiez une alimentation si possible exempte de métaux lourds (comme ceux présents dans les poissons ou les viandes) et de substances chimiques : colorants, excipients, aspartame (faux sucre), arômes artificiels issus de la chimie. Si vous avez envie de sucre, faites vous des gâteaux ou achetez des bonbons naturels. Pour le gras, évitez les matières grasses hydrogénées (présentes dans les plats cuisinés). Ces matières grasses peuvent d’ailleurs ralentir l’allaitement. Privilégiez le bio quand vous pouvez et les produits non raffinés (sucre de canne complet, farine complète etc).

Attention également aux médicaments. Très peu de médicaments ont été testés sur les femmes enceintes (et pour cause !) : les effets sont souvent mal connus. Pour les maux de la grossesse et les maladies bénignes, dans le doute, préférez l’homéopathie et les produits naturels (attention néanmoins aux huiles essentielles et aux plantes, consultez un aromathérapeute, car certaines plantes et huiles essentielles ont des propriétés toxiques pendant la grossesse).

Une fois votre bébé né, vous pouvez organiser autour de lui un environnement sain et le moins toxique possible :

-       Sa chambre doit être sans moquette, bien aérée et humidifiée et peinte avec des peintures écologiques. Pour l’équipement, privilégiez les matières naturelles, bois, si possible non exotique, bambou, matières recyclées pour le lit, matelas, draps, rideaux…

-       Pour ses vêtements, le coton Bio, la laine et les matières naturelles sont préférables : la culture du coton est l’une des plus polluantes au monde. D’autre part, les teintures des vêtements peuvent contenir des substances toxiques, directement en contact avec la peau du bébé. Le polyester est aussi à éviter. Pas de chaussures avant la marche, même pour faire joli ! Ensuite privilégiez des chaussons souples qui respectent les pieds des petits et sont respirantes, comme les Robeez. Laissez le pieds nus dès que c’est possible.

-       Pour les cosmétiques du bébé, les mêmes conseils que pour les parents s’appliquent : pas forcément du bio, mais des produits 100% naturels, comme l’argile, le savon d’aleph, par exemple, qui laisse la peau douce. Pour le siège : le liniment oléocalcaire, en pharmacie ou à faire soi même (50% eau de chaux, 50% huile d’olive). Utilisez des crèmes pour le change en regardant bien la composition. Pensez aux lingettes et au carré de coton réutilisables : vous pouvez les faire vous-mêmes en polaire ou en coton bio (à acheter au mètre) et les laver avec les couches. Pour le bain, prenez une baignoire shantala, qui consomme 10 fois moins d’eau d’un bain classique et respecte la physiologie des bébés.

-       Les soins du bébé doivent être les moins agressifs et invasifs possibles. La bétadine dans les yeux, l’éosine sur le cordon, l’aspiration par sonde gastrique, tout cela est particulièrement dur à vivre pour les petits. A la maternité, faites valoir vos droits, demandez qu’on vous prévienne avant les soins, ou écrivez vos souhaits dans un projet de naissance. Pour le cordon, préférez les hydrolats floraux, comme l’eau de rose, ou la teinture mère de Calendula.

-       Les jouets, peluches, là encore, évitez les matières synthétiques et les jouets plastiques que le bébé portera à sa bouche.

-       Pensez à la peau d’agneau (tannage naturel sans chimie dit Relugan) pour faire dormir votre enfant : elle tient chaud l’hiver et est fraîche l’été et a des propriétés calmantes.

-       Les couches lavables, j’y viens…encore beaucoup de polémiques (régression, « comme nos grands-mères » etc). Pourtant, les systèmes modernes n’ont plus rien à voir ! Allez, quelques chiffres :

·         Chaque enfant génère à lui seul plus de 1 tonne de déchets de couches de la naissance jusqu'à la propreté.

·         Il faut plusieurs siècles pour qu'une couche jetable soit complètement biodégradée par la nature.

·         Chaque tonne coûte à la collectivité au moins 100 € (HT) pour la mettre en décharge ou l'incinérer.  Pour fabriquer ces couches, il faut abattre 250 000 arbres afin de produire 1,3 millions de tonnes de pulpe de papier et consommer 82000 tonnes de plastique

·         L'industrie du papier est l’une des plus consommatrice en eau et est polluante

·         Les couches contiennent des substances toxiques : TBT, Polycrilates ayant des effets à long terme peu connus

·         Les enfants en lavables sont propres plus tôt (ils ressentent mieux leurs besoins) et ont moins de problèmes cutanés, car la couche lavable respire.

(source : www.allocouches.com, allez voir les vidéos, très intéressantes !)

Les systèmes actuels n’ont plus rien à voir avec les langes : ils sont faciles à utiliser, colorés et l’entretien est très simple. Si vous souhaitez rester aux jetables, prenez des Moltex, couches compostables sans produits chimiques certifiées OKO Test .

-       Enfin, on ne rappellera jamais assez combien l’allaitement est bénéfique pour votre enfant, à tous points de vue : faible occurrence des allergies, passage des anticorps, construction du lien mère-enfant. Il faut allaiter au moins 6 mois pour bénéficier à plein de ses effets. Difficile d’y arriver sans soutien, bien souvent : rapprochez vous d’associations comme la Leache League, qui offre des marraines aux mères allaitantes.

Un bébé «  écologique », ça coûte cher ?

Oui et non. Certains produits naturels sont plus chers (l’équipement « bio » de la maison, la peinture écologique, les jouets en bois etc). En revanche, la naissance d’un enfant peut être l’occasion de s’interroger sur ses besoins. Plutôt que d’investir jusqu’à 800 euros dans une poussette char d’assaut dernier cri, qui ne passera pas les trottoirs des grandes villes, portez votre bébé en écharpe (environ 70 euros). Vous favoriserez ainsi son bien être et le mettrez au dessus des pots d’échappement ; utilisez le reste de la somme pour des achats intelligents.

Les couches lavables représentent sur 2 à 3 ans d’utilisation une économie de 700 à 1500 euros par an, à multiplier par le nombre d’enfants. L’allaitement vous fera économiser substantiellement sur les boîtes de lait artificiel. Lancez-vous aussi dans le fait maison. Les petits pots bio sont pour moi une aberration marketing : faites des purées et des compotes à l’avance et congelez les. Idem pour les goûters. Faites des gâteaux maisons avec des produits bio et n’achetez plus de gâteaux industriels. Beaucoup de cosmétiques peuvent être faits maison : le savon d’alep et le liniment fait maison ne coûtent pas cher. Beaucoup de produits peuvent s’acheter d’occasion, comme les écharpes de portage, les vêtements, le matériel et même les couches lavables. Allez voir sur eBay, leboncoin etc.

Enfin, déposez une liste de naissance sur un site de produits naturels pour bébé, au lieu de vous laisser envahir par les tenues 1 mois qui moisiront dans vos placards et les jouets en plastiques made in China !

Quelques adresses :

On trouve beaucoup de produits BIO en grande surface. Leader Price a sorti une MDD Bio très abordable. Monoprix vient de lancer une ligne de cosmétiques Bio à des prix très intéressants. Le salon d’Aleph et le liniment se trouvent en parapharmacie, chez Monoprix ou encore chez Bébécash.

Pour les peintures écologiques et l’équipement  « nature » de la maison, de nombreux magasins en proposent désormais, comme Leroy Merlin. Et pour tout savoir sur les peintures écologiques,allez voir ici.

Pour l’équipement du bébé, il y a de plus en plus de sites qui proposent des produits alternatifs. Parmi eux :

www.brindille.fr

www.natiloo.fr

www.bebe-au-naturel.fr

www.eco-sapiens.com

www.maman-naturelle.com

www.bebe-portage.com,

www.allocouches.fr

Les parisiens peuvent aller à la boutique Natbé, 10 boulevard Blanqui, 75013 Paris : www.natbe.fr

 

11 janvier 2010

La contrefaçon de jouets

A lire sur Le journal du Net, ma tribune :

"L’attrait pour les marques dans l’industrie du jouet ne se dément pas…et la contrefaçon non plus !"

http://www.journaldunet.com/management/expert/marketing/4...

 

 

20 novembre 2009

Pour une éducation non violente

Vendredi 20 novembre, journée mondiale des enfants. Des 192 membres des Nations Unies, seuls 19 ont jusqu'à présent interdit le châtiment corporel des enfants L’occasion de développer quelques idées sur la violence éducative.

Le récent débat sur la fessée, qui revient régulièrement, n’a pas provoqué de discussions de grande qualité. On a oscillé entre ricanements imbéciles, poncifs et animateurs qui s’improvisaient psy de bazar. Pas de quoi changer la face de nos méthodes éducatives, hélas.

Les meilleures lectures et pratiques sur le sujet viennent des pays anglo-saxons, beaucoup plus en avance que les pays latins, dont la France, sur le sujet.

Je voudrais d’abord dire que « l’enfant, avant d’avoir besoin d’autorité, a surtout besoin d’humanité » (Catherine Dumonteil-Kremer). Cette réflexion n’a rien d’angélique. Les parents qui pratiquent l’éducation non violente ont une approche très réfléchie et construite de l’éducation : tout le contraire de l’enfant roi et du laisser aller. Ils ont une vision à long terme, et voient d’abord en leur enfant non pas une chose qu’ils veulent dresser et modeler à leur main, mais un homme ou une femme et un citoyen en devenir, qu’ils souhaitent comme prenant pleinement sa place dans la société. Ce sont des parents qui se sentent responsables, au travers de leurs enfants, du monde de demain.

La violence éducative n’englobe pas seulement les violences physiques. C’est l’ensemble des modes d’éducation qui humilient, blessent, rabaissent l’enfant. Cela va des paroles dégradantes : « tu es nul, tu n’y arriveras pas, X est meilleur que toi », aux punitions traumatisantes (placard noir, privation de nourriture…)à l’imposition d’activités ou d’actes qu’ils refusent : devenir un crac de sport, en musique, en anglais… forcer à être propre à deux ans, contraindre à savoir lire avant Noël, laisser pleurer un bébé etc.

Cette violence est le plus souvent la reproduction de la propre éducation des parents. Ils n’ont rien connu d’autre que ces méthodes et les réutilisent sur leurs enfants en pensant bien faire. Pire peut-être, ils les rejettent en bloc et appliquent une « non méthode », faite de laisser aller et d’absence de repères, qui est probablement aussi destructive que la violence.

Alice Miller, psychologue américaine renommée, montre dans ses ouvrages comment la violence éducative est responsable de la violence du monde en général. Elle prend l’exemple des dictateurs de l’histoire, qui ont tous été victimes de violences dans leur enfance. Elle démontre l’aberration de la violence éducative, qui délivre des messages contradictoires. Ainsi frapper son enfant, puis lui expliquer qu’il doit être respectueux de ses pairs. Lui demander de « se défendre » dans la cour tout en le rabaissant et en lui envoyant ainsi le message que « le fort a toujours raison sur le faible. ». Lui demander de respecter l’autorité tout en lui démontrant que celle-ci ne le respecte pas et s’exerce seulement dans la contrainte. Porter atteinte à son corps, à son intégrité physique et mentale et lui demander ensuite de respecter les femmes, son propre corps, les autres etc.

Devenir parents non violents n’est pas un chemin facile. Cela suppose du temps, de la patience, un vrai travail sur soi. Mais c’est aussi une occasion formidable de progresser, au travers de ses enfants, dans ses relations avec les autres et dans son rapport au monde.

 Au-delà des encadrements pénaux, et d’une culpabilisation stérile, les parents devraient être aidés dans cette démarche de déconstruction de leurs schémas éducatifs, trouver auprès de professionnels des repères, des idées, des techniques, pour faire grandir leurs enfants dans le respect.

Pour aller plus loin :

  • Un petit livre qui se lit vite : Parents efficaces : une autre écoute de l'enfant de Thomas Gordon
  • Eduquer son enfant autrement – pour un nouveau parentage de Catherine Dumonteil-Kremer
  • Pour approfondir les méthodes de communication non violente, à mettre en œuvre aussi au travail : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente de Marshall-B Rosenberg et alii

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